« Du temps où j’étais jeune, me dit-il, il était impossible de se procurer ces ouvrages, il fallait être excessivement riche ou passer des années à les recopier. »

Pour en revenir à Mali, il n’est pas impossible que ce soit réellement son emplacement. Ebn Batouta n’a jamais traversé le Niger, il n’en parle pas, du moins, et en arrivant à Kersekho, qui devait être Ségou-Koro, situé en face de Ségou et dont parle Mungo-Park, il se dirige sur Mali, puis il s’embarque sur la rivière Sansara. Cette rivière est peut-être le Niger lui-même, puisqu’il ne coule pas loin des ruines dont il s’agit. En quittant Mali, Ebn Batouta se rendit à Mima et envoya acheter un chameau à Zaghari, peut-être le Ségala actuel ; il ne traversa pas non plus le fleuve ; je partage donc absolument l’avis de Cooley, qui cherche l’emplacement de Mali sur la rive gauche du fleuve, et je ne suis pas loin de croire que El-Hadj m’a indiqué l’endroit où il faut le chercher.

Quant à la ruine près de Manicoura, il me paraît sage de l’écarter de la discussion, d’abord parce qu’elle est de date trop récente, ensuite parce qu’elle sort du domaine dans lequel vivaient les Maures, car l’antique Mali possédait, comme nous l’apprend Ebn Batouta, un quartier de blancs.

Barth dit que c’est pendant les guerres que se livrèrent Dabo et Sagoné, vers 1750, qu’eut lieu la destruction de la capitale de Mali ; nous pensons qu’elle est bien antérieure et qu’au contraire elle n’a pas été réédifiée après sa destruction par le sultan songhay Mohammed Askia, en 1535 ou 1540. Ce qui nous fait opter pour cette hypothèse, c’est qu’à l’arrivée des Bammana dans le Ségou, Kaladian établit précisément sa capitale aux environs de l’ancien emplacement de Mali, à Konian. Or, si l’ancienne capitale avait encore existé, il n’aurait certes pas manqué de s’y fixer.

Comme il y a environ trois cents ans que Nianimâdougou est détruit, il peut se faire que les ruines aient à peu près disparu ; l’emplacement ne doit se reconnaître qu’à des fragments de poterie et aux pierres des foyers ou ayant servi à isoler du sol les greniers à mil ; peut-être y trouve-t-on encore quelques bombax séculaires seuls témoins de l’ancienne occupation humaine. Peut-être aussi, après une première destruction, cette ville a-t-elle été partiellement réoccupée. Toujours est-il que son emplacement pourrait être retrouvé, puisque El-Hadj de Ténetou l’a vu et que d’autres noirs m’en ont parlé à plusieurs reprises.

Parmi les historiens arabes, Ebn Batouta seul cite le nom de cette capitale, qu’il appelle Mali. Dans l’histoire des Berbères d’Ebn-Khaldoun, tome II, page 116, on lit : « La capitale du royaume de Melli, dit ce même Ebn Ouaçoul, s’appelle Beled-Beni[16],... elle est très étendue, très populeuse et très commerçante. C’est maintenant un lieu de halte pour les caravanes de commerce provenant du Maghreb, de l’Ifrikia et de l’Égypte. De tous côtés on y envoie des marchandises.... »

Avant de quitter Ténetou pour me diriger sur Bénokhobougoula et Tengréla, El Hadj me remit une lettre de recommandation pour les musulmans influents que je pourrais rencontrer sur ma route.

Il m’engagea d’une façon toute spéciale à aller me recommander de lui auprès d’Alpha Mama Sissé à Tengréla et de l’almamy Saouty à Kong, ce que je ne manquerai certes pas de faire si j’ai le bonheur d’atteindre ces villes.

Voici la première de ces lettres, celle adressée à l’almamy Saouty de Kong ; l’autre est semblable comme texte, l’imam n’a fait que changer l’adresse :

« Louanges à Dieu ! Que les bénédictions et la paix de Dieu soient sur celui qui est le dernier des prophètes !