Dans le village, nous avons trouvé un homme de Maréna, près de Kita. Il est de passage ici, se rendant à Gakhalou, dans le sud-ouest, pour y acheter du tabac ; depuis quatre ou cinq ans il s’est fixé dans cette région, attendant le règlement d’une affaire de captifs.
Jeudi 22 septembre. — A quelques kilomètres de Farabakourou, nous traversons deux marigots peu profonds, mais dangereux à passer en cette saison à cause de leur fond bourbeux. Entre les deux se trouve le village ruiné de Baffa. Nous sommes arrêtés par le passage du marigot de Samé, qui n’est franchissable qu’à la nage en cette saison ; les peaux de bouc sont déballées et le contenu est peu à peu passé sur l’autre rive, dans des calebasses que les nageurs poussent devant eux. Le temps se passe en arrêts devant ces cours d’eau dépourvus de ponts, et dangereux, soit par leur courant très rapide, soit par le peu de consistance de leur fond ; aussi suis-je obligé de marcher toute la journée pour atteindre Sékana, où je me dispose à camper. Entre le Saméko et Sékana se trouvent les trois ruines de Kokouna, Dialacoro et Kourbala.
Les ruines des quatre villages de Sékana sont situées sur une petite colline dont le pied est arrosé par un joli ruisseau allant rejoindre le Ménako, lequel se jette dans le Bagoé.
Une dizaine de gros baobabs sont groupés entre deux des villages ; cet emplacement servait de marché jadis. J’estime que la population de ces ruines devait s’élever au moins à 2000 habitants. Ce pays n’est plus le Tiénedougou, mais le Foulala ; il était habité par des Bambara Sokho, et en même temps par des Malinkés venus du Ouassoulou, c’est ce qui explique l’existence dans le même village de cases carrées bambara, et de cases rondes en terre, couvertes de chaume.
A Kourbala, j’ai rencontré un convoi de 240 porteurs du Ouassoulou, il venait de Koussan et portait des vivres à la colonne. Il y a là hommes, femmes et enfants. Comme ils marchent en file indienne et assez en désordre, ils couvrent plus d’un kilomètre de chemin. Le chef de convoi, auquel je demande combien il a de monde, me répond qu’il en a tellement qu’il lui est impossible de s’en rendre compte.
C’est toujours de la sorte que les indigènes fixent le nombre des guerriers ; dès qu’ils en voient passer pendant plusieurs heures, le chiffre sort complètement de leur imagination.
Voici ce que j’ai appris sur la formation des convois.
J’ai déjà dit que le pays de Samory était divisé en un certain nombre de provinces ou de districts, correspondant à peu près à l’ancienne division en confédération. A la tête de chaque province se trouve un chef, frère ou fils de l’almamy, ou chef de colonne, qui a sous ses ordres les chefs de village et les dougoukounasigui.
Lorsque ces gouverneurs partent en guerre avec leur escorte permanente, leurs sofa, ils procèdent à la levée des guerriers dans le pays et se portent sur le théâtre de la guerre. Le plus influent chef du village ou dougoukounasigui les remplace dans leur commandement territorial et organise le ravitaillement.
A des intervalles à peu près réguliers, une partie du produit du champ cultivé pour le compte de l’almamy dans chaque village est mis en route vers le théâtre de la guerre à l’aide de porteurs. Ces vivres sont destinés à l’almamy seul, qui en dispose comme il l’entend. Le chef réquisitionne de son côté pour lui et la troupe de son chef direct, et fait les envois à la colonne ; d’autre part, tous les malheureux qui ont des parents à l’armée leur envoient quelques provisions quand ils en ont, et à la condition seule qu’ils ont obtempéré aux réquisitions qui ont été faites chez eux, sans quoi leur bien est confisqué.