Ces cases ne peuvent contenir qu’un homme, et sont toutes précédées d’un couloir assez étroit, de 1 mètre de longueur environ ; la hauteur de ces constructions ne dépasse pas 1 m. 50.

On m’a signalé l’existence d’un gros village sénoufo, à une dizaine de kilomètres au nord de Kourala. Il paraît qu’actuellement son marché est encore fréquenté ; ce village s’appelle Kafana.

Toute la région appelée Kénédougou par les Dioula, et Kompolondougou par les indigènes, est habité par des Sénoufo Sakhanokho[19].

Lundi 26 septembre. — En quittant Kourala, on franchit une série de petits ruisseaux et plusieurs villages abandonnés, dont on n’a pu me donner les noms. Le terrain continue à se relever sensiblement et change à son avantage. Aux environs des ruines, il y a de très gros arbres, baobabs ou bombax. Tous ces villages n’ont été évacués qu’à l’approche de la colonne ; quelques jardinets abandonnés sont entourés de haies en pourguère.

Après avoir fait halte de midi à une heure, nous nous mettons en route à deux heures. Le baromètre me donne 550 mètres d’altitude. Dans la petite vallée où nous allons descendre, se trouve Natié ou Natinian, dont Birayma, lieutenant de l’almamy, vient de s’emparer, il y a un mois, avec le secours de Liganfali (j’ai signalé leur passage du Baoulé le 15 juillet).

Natinian est un village sénoufo qui devait avoir 500 ou 600 habitants ; il est situé dans une petite vallée bien cultivée, arrosée par deux ruisseaux sans importance. Ce petit village, situé sur la ligne de ravitaillement et qui n’a qu’un mauvais tata, a résisté pendant quatre mois aux troupes de Birayma ; j’estime qu’avec des troupes, même médiocres, on peut s’en emparer de vive force dès le premier jour ; au lieu de cela on en a fait le siège en règle.

En jetant un coup d’œil sur le croquis de Natinian et sur les travaux de siège que les troupes de Samory y ont exécutés, on remarque de suite que de la petite croupe située au nord-est, très rapprochée du village (30 mètres), on voit tout ce qui se passe à l’intérieur. D’autre part, le tata est moins solide en cet endroit ; on aurait donc dû, dès le début, attaquer ce côté faible. Au lieu de cela, le lieutenant de Samory a fait construire trois sagné ou diassa (palanquements en branchages) dans lesquels il s’est installé comme dans son village, se contentant de bloquer la place. Ce n’est que le cinquième mois que les hommes du diassa no 1 se sont portés de nuit, et en repoussant une sortie, sur la crête de la croupe, y ont construit un abatis en ligne droite, d’une douzaine de mètres, et s’y sont installés derrière dans des gourbis ; c’est de là qu’a été donné l’assaut. Les soldats de Samory parlent avec emphase, comme d’un fait d’armes extraordinaire, de cette prise de Natinian, qui gênait le ravitaillement de la colonne.

Or, à ce moment-là, j’étais à Ouolosébougou, où l’on a amené les femmes et les enfants pris dans le village, pour les échanger contre des chevaux. Les femmes étaient toutes vieilles, et les enfants malingres ; les gens de l’almamy n’ont pu en obtenir que huit chevaux. Les hommes, disent-ils, ont tous été tués ; or j’ai visité ce village et les environs, il n’y a pas plus de cadavres que dans les autres, ce qui prouverait que la plupart des habitants ont dû réussir à se sauver. Du reste, sur tout le tour de l’enceinte j’ai remarqué des ouvertures au ras du sol (fig. no 2) permettant de sortir en rampant, et de se dissimuler dans les mils et maïs qui entourent le village.

Si ces ouvertures no 2 avaient été pratiquées par l’assaillant, elles seraient visibles pour tout le monde et de la forme de celle représentée figure 1. J’en conclus donc que la plus grande partie des habitants a dû se sauver. J’ai été stupéfié en voyant ce village, fortifié d’une façon médiocre, résister si longtemps à des troupes auxquelles je supposais quelque valeur.