Les troupes de l’almamy ne sont pas organisées en fractions qu’on pourrait appeler compagnie ou légion, comprenant un chiffre d’hommes toujours invariable, une sorte d’effectif réglementaire ; il n’existe pas non plus de grades bien définis. Voici les différentes appellations sous lesquelles on désigne chefs et soldats :
1o Bilakoro. Le bilakoro (qui ne porte pas de pantalons, mais le bila, comme son nom l’indique) est une sorte de vélite. Voici comment il est recruté :
Quand on prend un village ou que l’on opère une razzia, tous les prisonniers (femmes et enfants seulement, car tous les guerriers pris sont décapités) sont amenés à l’almamy, qui prend la moitié des femmes et des filles pour lui, l’autre moitié des prisonniers revient au chef et aux guerriers qui ont opéré la prise.
Tous les garçons et jeunes gens ont immédiatement la tête rasée à l’ordonnance et sont confiés à des chefs qui eux-mêmes en répartissent une partie entre leurs meilleurs sofa. Les gamins prennent dès lors le titre de bilakoro, et leur première fonction est de soigner les chevaux. Quand le maître monte à cheval, le bilakoro porte son fusil et le suit au pas de course ; plus tard, quand son chef est riche en fusils, on lui en donne un (vers l’âge de quatorze ou quinze ans). Certains chefs ne commandent que des bilakoro, par exemple Kali, chef de Faraba (entre Kangaba et Ouolosébougou), il est appelé Bilakorotigui, parce que son commandement ne comprend qu’une bande de galopins de ce genre. Qu’on juge de la résistance que peut opposer un groupe de ces guerriers à des hommes faits et rompus à la guerre.
2o Le kourousitigui est un guerrier d’un âge raisonnable ; il est marié et n’est soldat que momentanément ; il n’a jamais ou rarement un commandement.
3o Le sofa. Après avoir fait plusieurs expéditions, les bilakoro sont autorisés à porter le pantalon ; ils suivent le chef duquel ils relèvent quand il part en expédition ; quelquefois ils gagnent un cheval ou un ou plusieurs captifs à la suite d’une campagne heureuse. Plus tard, quand ils ont mérité la confiance de l’almamy, ils tiennent garnison dans les villages et n’ont d’autres fonctions que de manger le peu qui reste aux malheureux habitants. Ils deviennent quelquefois dougoukounasigui.
4o Le sofakong (à la tête des sofa)[23]. Ce sont des sofa qui se sont particulièrement distingués dans une expédition ; pour les récompenser, leur chef leur donne quelques hommes à commander, le chiffre varie suivant que le kélétigui a peu ou beaucoup d’hommes.
5o Le kélétigui ou kongtigui est un personnage ; il commande le territoire en temps de paix, et en temps de guerre il emmène tout ce qui est valide et possède un fusil dans sa région. Les frères de l’almamy et Alpha, Fali, Baffa, etc., sont ou kongtigui ou kélétigui, suivant qu’ils agissent isolément ou sous les ordres de l’almamy.
On voit que cette soi-disant armée n’est encore qu’une bande bonne à jeter l’épouvante parmi de petites peuplades et incapable d’inspirer aucune crainte à des troupes instruites à l’européenne et possédant une arme à tir rapide.
Ces guerriers ne reçoivent aucune instruction militaire, la plupart ne savent pas tirer un coup de fusil. Les charges de poudre, beaucoup trop fortes, produisent un recul très gênant ; et la poudre indigène, brûlant très lentement dans le bassinet, fait long feu. Ce sont les deux causes qui font détourner la tête au tireur, et au moment de faire feu l’arme n’est jamais en direction.