Le tabala est d’une pièce, et creusé dans du diala ; son diamètre varie entre 40 et 50 centimètres ; dans l’intérieur se trouvent quelques bassi (amulettes). Le dessus est tendu d’un morceau de peau de bœuf qui est assujetti par des lanières ; sur cette peau et vers la circonférence il y a généralement un endroit dépourvu de poils sur lequel on voit une inscription en arabe commençant toujours par : El hamdou lillahi. « Louange à Dieu », etc.
Ce tabala est porté par deux hommes, à l’aide de deux fortes poignées en lanière dont il est muni ; entre les deux porteurs marche le griot, qui des deux mains frappe du tabala khalama (la plume à écrire du tabala). Ces khalama sont en fort cuir et en forme de boudin ; l’intérieur est rempli de graines et de bourre de coton ; deux solides lanières constituent les poignées.
Avec cet instrument les griots obtiennent une douzaine de batteries différentes au moyen desquelles ils transmettent les ordres de leurs chefs.
Parmi ces batteries on m’a cité : « En avant ! » « Aux armes » « Cessez le feu ! tout est fini » « En retraite ! » « Du secours ! » « Rassemblement à gauche ! », « à droite ! » « La charge ! » « Garde à vous ! ».
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Le camp est très tranquille : à part des coups de fusil isolés qui se succèdent presque sans interruption, le silence n’est troublé que par les cris de quelque captif qui reçoit une rossée. L’aspect est loin d’être celui d’un camp français, où il règne toujours un peu de gaieté, même dans les moments difficiles. Dans le diassa de Birayma, on m’a cependant gratifié d’une séance de Mokho missi kou, sorte de croquemitaine ou de polichinelle qui amuse les guerriers par ses propos et ses contorsions.
Il était habillé d’un vêtement en cotonnade rouge d’une seule pièce, avec les jambes et les manches très collantes, et coiffé d’un bonnet rigide hérissé de queues de vache. Au bonnet est cousu un morceau d’étoffe cachant la figure, qui est percé d’une ouverture pour la bouche et de deux autres pour les yeux ; autour de ces trous sont brodés des ronds en cauries.
Dans une musette en guinée qu’il portait en bandoulière se trouvaient des grelots et de la ferraille. Le bas des jambes était muni de sonnettes. Dans les mains il tenait quelques queues de vaches qu’il agitait en causant.
De temps à autre, le soir, vers huit ou neuf heures, sur un signal donné par le tam-tam de l’almamy, une courte batterie de tam-tam se fait entendre sur toute la ligne ; aussitôt après, tous les guerriers poussent une série de cris aigus et désordonnés qu’il est difficile de comparer à autre chose qu’à de véritables cris de bêtes féroces. Dès que le silence est rétabli, on entend un seul cri d’ensemble qui part de Sikasso et des diassa de Tiéba. Ce cri est un hou allongé ressemblant à un rugissement ; on sent qu’il sort de poitrines mâles et que les défenseurs sont nombreux.
Il y a souvent des alertes de nuit, ce sont des malheureux qui volent des vivres, et qu’on poursuit à coups de fusil en criant : A minna ! « Attrape-le ».