Quant à la population, elle est bien diversement répartie comme densité.
Ainsi, dans un trajet de 400 kilomètres j’ai traversé 36 ruines et 36 villages habités, dont la population totale s’élève à 4200 habitants environ et qui se répartissent comme suit :
| Villages | ayant de | 500 | à | 800 | habitants | 3 | |
| — | — | 150 | à | 300 | — | 7 | |
| — | — | 60 | à | 100 | — | 5 | |
| — | — | 20 | à | 50 | — | 17 | |
| — | au-dessous de 20 habitants | 4 | |||||
| Total | 36 | villages. | |||||
Les villages sont distants les uns des autres de 11 kilomètres en moyenne ; nous trouvons donc que, pour une superficie de 4400 kilomètres carrés, la population est de 4200 habitants, ce qui fait un peu moins d’un habitant par kilomètre carré ; — mettons un.
Dans la superficie totale des États de Samory, qui s’élève, comme nous l’avons vu, à 160000 kilomètres carrés, nous pouvons affirmer que les trois quarts du territoire sont semblables comme désolation à ce que nous avons visité, et que l’autre quart a une population qui d’après nos renseignements n’excède pas 4 habitants par kilomètre carré, ce qui ferait, d’une part, pour les pays dévastés, 120000 habitants ; pour les provinces plus favorisées, 160000 habitants ; au total 280000 habitants.
Si ces 280000 habitants n’ont fourni que 6000 guerriers au début des hostilités avec Tiéba, et environ 3000 sofa répartis sur tout le territoire, nous trouvons qu’il y a un homme armé d’un fusil sur trente habitants ; cette proportion peut paraître faible pour un pays qui est en guerre depuis près de dix ans. Mais chez Samory il existe une grande quantité d’individus valides qui échappent au service militaire parce qu’ils font partie de castes qui ne peuvent fournir des guerriers. Les Bambara ne sont jamais armés, ils constituent cependant plus de la moitié de la population ; enfin, les femmes, qui sont plus nombreuses que les hommes, et les chefs de famille (soutigui) sont toujours exempts. Toutes choses considérées, on voit qu’au contraire, les États de Samory fournissent une proportion de guerriers plus considérable que celle que mettent sur pied les grandes puissances européennes en cas de mobilisation.
En 1879-80, la densité de la population des régions de l’est du Niger était considérablement plus forte. La mission Gallieni parle de quinze habitants par kilomètre carré pour le Ségou et les pays toucouleur ; quoique les pays mandé n’aient pas été visités à l’époque, les nombreuses ruines de date récente que j’ai trouvées, et la plupart des villages presque abandonnés que j’ai vus, me permettent de dire que si actuellement les États de Samory n’ont plus que 7 habitants par kilomètre carré, à l’époque il y en avait 10 ou 12, ce qui se rapproche visiblement du chiffre du Ségou.
Le système orographique du pays de Samory ne comporte pas de montagnes élevées, au dire des indigènes ; du reste, en jetant un coup d’œil sur la carte, et en étudiant le système des eaux dans cette région, il est facile, sans trop grande erreur, de dessiner la ligne de partage des eaux qui sépare les affluents de droite du Niger, des rivières côtières qui se déversent dans l’Atlantique à travers la république de Liberia.
Les hauteurs qui constituent cette ligne de partage des eaux semblent courir entre le huitième et le neuvième degré de latitude nord jusque vers le dixième de longitude, puis elles doivent sensiblement incliner vers le sud jusque vers le septième, contourner les sources du Bagoé, se prolonger vers le nord en courant vers le Bagoé (affluent de droite du Niger) et le Bandamma (rivière du Lahou) qui se déverse dans le golfe de Guinée, pour venir se rattacher au massif Natinian-Sikasso dont nous parlerons plus loin. Ce qui nous fait croire que vers le dixième degré de longitude la ligne de partage va gagner le septième de latitude, c’est que, d’après nos renseignements, les sources du Bagoé se trouvent entre le septième et le huitième de latitude. Le peu de longueur des cours d’eau qui se déversent du cap des Palmes au cap Lahou (Rio Cavalli, San Pedro, Sassandra, Fresco) semble du reste confirmer l’hypothèse que nous émettons et nous autoriser à rapprocher la ligne de partage de la côte.
D’après les indigènes, il faut chercher les points culminants de cette ligne de partage d’une part dans le Gankouna, d’autre part dans le Ngara-khadougou.