Le Baoulé et le Bagoé que j’ai traversés coulent du reste dans des plaines couvertes de hautes herbes et en partie inondées en hivernage. Ce sont ces abords difficiles qui expliquent pourquoi les indigènes n’utilisent pas ces cours d’eau comme moyen de transport ; ce sont pourtant d’excellentes voies commerciales. On ne m’a pas signalé de chute sur ces rivières, dont les principales, le Ouassoulou-Balé, le Baoulé et le Bagoé, sont navigables, d’après les indigènes, pour des embarcations d’un faible tonnage et calant 50 centimètres.

La végétation se présente sous des aspects bien divers dans tout l’empire de Samory : dans les terrains ferrugineux, la végétation est rabougrie ; on y cultive le mil et le sorgho, et les bas-fonds seuls produisent du riz et du maïs ; c’est dans cette zone que l’on rencontre abondamment le cé (arbre à beurre).

Vers le 11°, aux cultures des céréales viennent s’ajouter les tubercules ; l’igname, le taro, la patate sont cultivés sur une grande échelle ; on y rencontre aussi plus d’arbres fruitiers ; le bananier et l’oranger y font leur apparition à l’état isolé. Enfin, à partir du 8°,30 on entre dans la zone du palmier à huile ; la végétation rabougrie fait place à la forêt dense ; les tubercules remplacent les céréales, et le kola, l’arbre à beurre.

Afin de faciliter l’étude des divers pays qui constituent actuellement les États de Samory, nous avons cru devoir employer une classification qui donne un peu de clarté, et répartir la description de ce pays en sept groupes distincts que nous allons successivement examiner.

Cette classification offre en outre l’avantage de correspondre à peu près à la division politique du territoire qui constitue actuellement l’empire de Samory :

I.Les territoires situés entre le Niger et le Milo ;
II.La région située au nord du Ouassoulou ;
III.La région située à l’ouest du Ouassoulou ;
IV.Le Ouassoulou ;
V.La région située au sud du Ouassoulou ;
VI.Le Ganadougou et la région située à l’est du Ouassoulou ;
VII.Et enfin les pays qui reconnaissent le protectorat de Samory, mais qui ne sont pas occupés militairement par les troupes de l’almamy.

I. De la région comprise entre le Niger et le Milo, nous n’avons que peu de choses à dire, une partie de ces territoires est tombée sous notre influence directe depuis les dernières campagnes du colonel Gallieni, et est rattachée en partie au commandement du Soudan français ; les autres, tels que le Sankaran, le Kissi et les régions ayant Falaba comme capitale, nous sont trop peu connus pour que nous nous y étendions davantage. Au moment où ces lignes paraîtront, ils seront tombés sous notre domination ; nous pouvons donc dès aujourd’hui les distraire sans inconvénient de notre étude et aborder les autres régions que nous avons été plus à même d’étudier et sur lesquelles nous avons plus de renseignements.

II. Le Bolé et le Safé, qui constituent les provinces nord, ont été pris sur le Ségou dans le courant de l’année 1882. Kémébirama, appelé aussi Fabou, frère de l’almamy Samory, ayant sous ses ordres Famako, chef de Tenguélé, près Ouolosébougou, fut chargé de cette conquête. Après avoir dévasté la région et s’être emparé de Tadiana, Cisina, Sanancoro, Sénou et Kola, ces deux chefs s’avancèrent jusqu’à Gouni en face de Koulikoro ; Kémébirama poussa même l’audace jusqu’à se porter sur Dougassou, dans le cœur même du Ségou. Mais là il fut repoussé par les cavaliers d’Ahmadou, et rejeté dans le Banan, où avec Famako il sema la dévastation.

Plus au sud, il existait trois confédérations habitées exclusivement par des Bambara qui vivaient en très bons termes avec leurs voisins de même origine, du Ségou. Le pays était relativement bien peuplé ; les nombreuses ruines que l’on traverse partout en sont un indice bien certain.

Les trois chefs les plus influents étaient : 1o Fotigui, qui commandait le Dialacoro, le Djitoumo et le Kéléya ; 2o Kémokho, qui exerçait son autorité sur le Kouroulamini, le Tiaka, le Baya, le Bolou et le Banimonotié ; 3o le chef du Banan.