Arrivés à Tiong-i, Tengréla, Maninian, Sambatiguila, que j’appellerai marchés à kolas de la première zone, les marchands font scier leur barre de sel en douze morceaux de trois doigts de largeur, que l’on nomme kokotla (de koko, sel en mandé, et tla, de l’arbre ثلاثة ou ثالثة, thélatha, qui est le nombre trois). Cette opération terminée, on achète les paniers et les nattes à l’aide desquelles on doit emballer les kolas ; tout ceci est payé en sel. Là les caravanes s’informent du cours des kolas, et, si leurs ressources ou l’état de leurs animaux le leur permettent, elles poussent plus au sud pour se procurer ce fruit à meilleur compte.
Arrivés sur les marchés de la deuxième zone (zone plus proche des pays de production), à Odjenné, Touté, Kani, Siana ou Sakhala, les marchands du nord s’adressent aux indigènes, qui font tous le métier de courtier. Ce sont ou des Siène-ré ou des Mandé-Dioula ; les premiers paraissent être les autochtones, les seconds n’y sont venus qu’à une époque relativement récente, mais leur autorité s’est affirmée au point que ce sont eux les maîtres réels du pays ; c’est, du reste, ce qui se passe dans toutes les régions où le Mandé-Dioula s’infiltre.
Ces courtiers conviennent avec les marchands du prix du sel et fixent la quantité de kolas qu’ils recevront en échange d’un kokotla (cette fraction de barre de sel étant devenue depuis Tengréla l’unité d’échange).
Le prix du kola varie naturellement avec la variété, la grosseur et surtout la provenance du fruit.
Le kola de Sakhala est le plus gros que l’on connaisse, il est toujours blanc, se conserve très longtemps et, de préférence, est porté à Djenné et à Tombouctou. Ce kola est aussi le plus cher.
Le kola d’une grosseur moyenne, rouge ou blanc, se trouve surtout à Kani, Siana et Touté, il est également recherché, particulièrement le rouge.
Enfin, il existe une autre variété, qui s’achète en majeure partie à Djenné et Tiomakhandougou ; elle est rouge et très petite, on la connaît dans cette partie du Soudan sous le nom de maninian ourou (kola de maninian), parce qu’on en trouve beaucoup sur ce marché.
Le prix du kola, sur ces marchés, varie entre 200 et 600 fruits pour un kokotla. Ce qu’il y a de curieux, dans cette partie du Soudan, c’est que, dès qu’il s’agit de kolas, la première grosse unité est 100 tandis que partout dans les États de Samory elle n’est que de 80. Ces deux nombres portant le même nom, on fait précéder la dénomination commune du mot kémé par le mot ourou (kola) quand il s’agit de kolas, de sorte que l’on dit pour 100 kolas ourou-kémé.
Généralement il y a assez de kolas en réserve dans ces marchés pour contenter les acheteurs, mais il arrive quelquefois que pour des raisons multiples, guerre, pillage, mauvaise saison, il vient une trop grande quantité d’acheteurs à la fois. Alors, il se passe le fait suivant : le prix convenu, les acheteurs remettent leur kokotla aux courtiers, les femmes de tout le village (les femmes seulement) partent au moment où le soleil disparaît à l’horizon, sous la conduite de deux ou trois hommes du village préposés à cet effet, et vont chercher plus au sud la quantité de kolas nécessaire. Ces femmes ne reviennent que le surlendemain à la nuit tombante.
En admettant qu’elles marchent douze heures sur les quarante-huit qu’elles mettent à faire le trajet, elles parcourraient environ 60 kilomètres : donc, c’est, au maximum, à 30 kilomètres au sud de ces marchés que se trouvent les lieux d’échange entre les femmes des courtiers et les habitants des lieux de production.