Kéléba Diara, mon Dioula ânier, me dit que les Lô apportent les kolas en des lieux d’échange situés en pleine brousse. Jamais, lui, qui est resté à Sakhala jusqu’à l’âge de vingt-trois ans environ, n’a pu en savoir plus long. « J’étais bien marabout, mais cela ne suffit pas, il faut faire partie de cette confrérie, et je n’ai jamais été initié. Je n’ai jamais cherché à en savoir davantage, ni à m’aventurer par là : mon affaire eût été vite réglée, on vous coupe tout bonnement le cou. »

Ces Dioula trouvent dans ce courtage une source de richesse qu’ils tiennent à garder ; c’est la raison qui a provoqué l’organisation de cette sorte de société secrète dont m’ont parlé mes hommes.

Sterculia cola ou Sterculia acuminata.

1. Rameau florifère, 1/4 nature. — 2. Fruit entier, 2/3 nature. — 3. Fruit ouvert, 2/3 nature. — 4. Graine, grandeur nature.

Le même fait n’existe-t-il pas un peu plus au sud, pour les transactions entre les Lô ou leurs voisins, avec les comptoirs de la Côte de l’Or et des Graines ? Est-ce que les gens de Kinjabo ont jamais laissé aller à nos comptoirs d’Assinie et de Grand-Bassam un habitant de l’intérieur ? Jamais ! ils vivent de courtage, ils y trouvent un trop gros bénéfice probablement, et emploient tous les moyens pour éviter qu’il ne leur échappe.

Il y a là une zone qui semble vouloir se dérober à l’exploration, et plusieurs tentatives ont déjà échoué au départ des Européens voulant se diriger de la côte vers le nord. La rivière Comoé n’a été remontée qu’à quelques milles, par Héquart, qui fut abandonné par ses porteurs sur l’instigation des gens de Kinjabo. Les employés de comptoirs n’ont jamais dépassé Kinjabo. Espérons que, cette fois, les habitants de la côte seront moins rebelles, et qu’avec de la patience, de la diplomatie, et l’aide de Dieu, je passerai. Je pense que déboucher à la côte est moins difficile que la pénétration en partant de la côte. Les raisons à donner pour la pénétration sont quelquefois difficiles à faire comprendre, et l’on est toujours un peu suspect, tandis que lorsqu’il s’agit de déboucher on a une excellente raison à donner en disant simplement « que l’on regagne sa patrie », ce qui est vrai.


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Dans son livre Au Soudan Français, mon ami le capitaine Péroz donne des renseignements empreints d’une grande exactitude sur la vie et les conquêtes de Samory.

M’étant, pour mon compte, livré à de nombreuses investigations, j’ai pensé qu’il ne serait pas sans intérêt de les exposer à nouveau sommairement en les complétant et en rectifiant quelques dates erronées.