Depuis deux mois on ne parlait que du traité à signer et de mon retour. M. Treich avait été conduit par les guides d’Ardjoumani au chef de Kawaré (petit village situé à une forte journée de marche à l’est de Kong). Dès son arrivée, Bakary, le chef de ce village, arrière-petit-fils de Sékou-ouattara, et par suite petit-cousin de Karamokho-oulé, avait entretenu Treich de la question du traité : tout faisait donc prévoir une issue favorable. A Kong, mon compatriote engagea cette question avec Karamokho-oulé. Comme on me savait sur la route du retour, il fut décidé qu’on attendrait mon arrivée pour terminer cette importante question. Aussi, dès que j’eus quelques instants à moi, je rédigeai les clauses et les discutai avec Karamokho-oulé. Le 10, les signatures étaient données, et une expédition accompagnée d’un pavillon fut remise à notre nouvel allié.

Visite de condoléance chez Lansiri, à Kong.

Karamokho-oulé a plusieurs cousins (petits-fils de Sékou comme lui) établis sur les principales routes rayonnant sur Kong. Il me pria d’aller avec M. Treich rendre visite à Dakhaba, qui habite Limono. Comme ce n’est qu’une courte étape, et que ce fut ce même Dakhaba qui me fit entrer à Kong, j’accueillis de bonne grâce ses propositions, et le départ fut décidé pour le surlendemain.

Dakhaba et Sabana, le fils de Iamory, dont j’ai parlé lors de mon premier passage, nous reçurent de leur mieux. Notre visite fit grand plaisir à ce vieux brave homme ; Kérétigui, frère de Karamakho-oulé, et Bafotigué, notre hôte, qui nous accompagnèrent, lui ayant appris la signature du traité, Dakhaba s’en réjouit et il fallut lui promettre de revenir ou d’envoyer tous les ans quelqu’un des nôtres à Kong : « Vous pouvez même venir beaucoup (ce qui veut dire en nombre) : tu sais que vous serez toujours bien reçus. »

La nouvelle de cette visite fut fort bien interprétée par les gens de Kong et considérée comme une marque de déférence donnée par nous à celui qui doit par son âge et son rang prendre le pouvoir à la mort de Karamokho-oulé si les choses se passent régulièrement.

La question du traité étant réglée, je songeai à envoyer de nos nouvelles en Europe. M. Treich étant arrivé à Kong avec un personnel plus que suffisant[45], je renvoyai Fondou et Birama, mes deux plus vieux serviteurs, accompagnés de leurs femmes gourounga, porteurs d’un courrier adressé au commandant supérieur du Soudan français par l’entremise du commandant de Bammako. Je leur confiai également deux charges d’effets confectionnés et d’étoffes fabriquées tant à Kong que dans le bassin du Niger, destinés au sous-secrétaire d’État aux colonies. Pour plus de sécurité, il fut en outre décidé que M. Treich, de son côté, enverrait un courrier sur Krinjabo et Assinie par Bondoukou.

Mes hommes quittèrent Kong le 16 janvier, et ceux de M. Treich le 17. Quelques jours après leur départ, j’appris, par un homme de Bobo-Dioulasou qui vint me rendre visite, qu’un captif d’El-Hadj Mahmadou Lamine, de Ténetou, était arrivé à Dioulasou un mois après mon départ de cette ville, porteur d’un courrier qui m’était destiné. Cet homme, atteint de la filaire de Médine, dut prolonger son séjour à Dioulasou jusque dans le courant de juillet et quitta cette région avec la certitude que j’avais fait route pour le Mossi. Ce courrier, en partant de Bammako, s’était dirigé par les régions soumises à Dioma, par le Mianka ou Menguéra sur Bobo-Dioulasou en contournant au nord les États de Samory et de Tiéba[46].

Désireux de continuer ma route de retour par la rive droite du Comoë, je fis part aussitôt de mon désir à Karamokho-oulé, qui s’empressa d’y satisfaire. Les quelques jours qui précédèrent mon départ furent employés par lui à faire prévenir les régions avoisinantes de mon prochain passage. Nos préparatifs ne furent pas longs. Le départ de Kong fut fixé au 21 janvier. Dans les visites d’adieu que je fis avec M. Treich, j’eus la satisfaction de constater que tout le monde à Kong n’avait plus qu’un seul désir, celui de voir les chemins s’ouvrir vers la côte le plus vite possible. Active et laborieuse, cette population comprend qu’une voie sûre vers le golfe de Guinée lui rapportera de grands bénéfices et lui ouvrira un nouveau débouché pour son industrie. Partout on ne songe qu’à cela à Kong. Tributaire pour les articles d’Europe des gens de Bondoukou, de Salaga et de l’Anno, la population attend avec impatience le jour où elle pourra s’affranchir et entrer directement en relations avec nous.

A sept heures et demie du soir, la veille de notre départ, l’imam Sitafa Sakhanokho vint, accompagné de son frère et de quelques amis, me faire ses adieux, me souhaiter bon retour et me prier de saluer de leur part « le Président de la République et tous les anciens de France », pour me servir de son expression.