J’entrai donc en pourparlers pour l’acheter et fis venir le chef de la caravane, qui y consentit à la condition que je lui donnasse une autre femme à sa place et que je lui payasse une différence.
Un des deux Haoussa résidant à Tiong-i me proposa de faire l’échange avec une de ses captives que je lui payerais 6 pièces de calicot à 4 fr. 30, soit 25 fr. 10, et deux blouses de rouliers, plus dix-sept pierres à fusil. Je ne sais pas à quel trafic le Haoussa se livra, mais le soir j’étais en possession de la jeune femme, que je m’empressai de libérer devant mes hommes.
« Ne m’abandonne pas ici, me dit-elle en pleurant, car demain on me reprendrait : je suis seule et sans défense, tandis que si je t’appartiens, je serai sûre que personne ne me réclamera plus. Je préfère être ta propriété. Les blancs sont bons, je l’ai entendu dire, et je veux être à toi. Tu seras content de moi, je ne demande qu’à travailler, à te faire la cuisine et à te chasser les mouches quand tu dormiras, et puis je porterai des bagages. »
Je l’habillai proprement avec quelques coudées d’étoffe, lui donnai un peigne, du corail et quelques verroteries.
Basoma, mon hôte, qui était forgeron, lui confectionna deux boucles d’oreilles à l’aide de deux pièces de 50 centimes en argent.
La pauvre fille était heureuse comme une reine. Basoma lui fit voir le côté heureux de sa nouvelle situation, et au bout de quelques jours elle était tout à fait habituée à nous.
Deux jours après, nous allions à Fourou, où personne ne l’inquiéta.
Elle tomba bientôt légèrement malade.
Elle avait du vague dans les yeux et l’air souvent abattu. Je lui demandai si elle était malheureuse, et bientôt, pressée de questions, elle m’avoua en pleurant qu’elle était enceinte, que pendant les deux nuits qu’elle avait passées comme prisonnière, un des sofas de Samory en avait abusé et qu’elle ne savait même pas son nom.
Je la consolai, ce n’était pas bien difficile : l’incident en lui-même ne la chagrinait pas trop, c’était seulement la crainte de déplaire qui l’avait attristée.