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Lundi 21 janvier 1889. — Quoique notre départ eût lieu au clair de lune, Karamokho-oulé, accompagné de son frère et de quelques amis communs, tint à nous faire la conduite. Sous un arbre, au bord d’un petit marigot qui limite Kong au sud, il nous fit des adieux bien sincères, me recommanda de saluer le Président de la République de sa part et de l’assurer de son entier dévouement, puis il nous remit entre les mains de Bafotigué Daou et de son frère, qui devaient nous accompagner jusque dans le Djimini.
La route de Djimini en quittant Kong se dirige vers le sud-est pendant les premières étapes et est presque parallèle à la route du Gottogo. Le premier village que l’on rencontre se nomme Ténenguéra. Presque inhabité (environ 200 habitants), ce village était jadis très grand et a joué un rôle considérable dans l’histoire de Kong. C’est de Ténenguéra que la fraction des Mandé-Dioula comportant les familles Ouattara, Barou et Daou vint s’établir lorsqu’elle quitta les pays mandé. L’ancêtre des Ouattara, nommé Fatiéba (le père Tiéba), commença une série d’expéditions qui devaient rendre sa famille maîtresse de toute cette région jusqu’à la rivière Comoë. Occupée par une population hétérogène composée de cinq éléments différant assez sensiblement entre eux, cette conquête paraît cependant avoir été assez laborieuse pour occuper tout le règne de Sékou Ouattara. Ce prince, successeur de Fatiéba, termina son règne par une série de massacres qui finirent par rendre les Mandé-Dioula maîtres de Kong même, où s’étaient réfugiés les derniers éléments de résistance (voir [chapitre Kong]).
Cette population, dont on retrouve encore des vestiges dans toute la région, est connue actuellement par les Mandé-Dioula sous le nom de Sonangui, nom qui veut plutôt désigner les captifs armés, c’est-à-dire ceux qui peuvent être utilisés en cas d’expédition, car les Mandé-Dioula musulmans ne font la guerre que tout à fait exceptionnellement, à la dernière extrémité.
Les Sonangui comprennent :
1o Une fraction de Pakhalla, qui habitent quelques petits villages de la rive droite du Comoë ;
2o Une autre fraction des Pakhalla, qui se dénomme Nabé, habitant surtout Gaouy et Koulla ;
3o Quelques familles Zazéré, qui, tout en se rattachant ethnographiquement aux Pakhalla, semblent s’être détachées depuis plus longtemps de cette famille. Ces Zazéré, contrairement aux Pakhalla et Nabé, sont tatoués ; ils portent sur les joues une volute ;
4o Au nord de ces trois peuples se trouve, disséminée dans quelques villages, une fraction des Komono, qui s’appelle Miorou ; elle parle le komono et a conservé le tatouage de ce peuple ;
5o Enfin, vers le sud-ouest et autour de Kong, on trouve encore quelques Fallafalla (fraction des Tagoua). C’est à eux qu’appartenait Kong, ou plutôt le village sur l’emplacement duquel s’élève actuellement la ville, car la cité actuelle a été créée par les Mandé-Dioula.