En dehors de la route que je me propose de suivre, par Ndiénou et Zouépiri sur Attakrou ou Béniékrou (premier village de l’Indénié), communication la plus occidentale, il existe une autre route assez fréquentée également, qui mène presque, en longeant le Comoë, de Groûmania à Annibilékrou (Assikaso, partie méridionale de l’Abron). Ce chemin passe à Ahouan et traverse le Comoë près de Duhinabo, un peu en aval du confluent de la rivière Yéfou.
D’autres sentiers mènent des villages situés entre Zanzanso et Zouépiri par Abé (passage du Comoë) également sur Annibilékrou. Ces chemins, dépourvus de villages et occupés par des chefs quelquefois très exigeants pour les marchands, ne sont pas très sûrs, de sorte qu’en général on préfère se diriger sur Attakrou ou Eléso[50], où commence la navigation en pirogues du Comoë. De ces deux points, on peut descendre le fleuve en pirogue ou bien faire la route à pied.
Vendredi 15 février. — Le séjour à Aouabou, qui commence à me peser d’une façon excessive, tire heureusement à sa fin. Dans l’après-midi, pendant un grand palabre, on a accepté tous les articles du traité que j’ai présenté. Les dernières hésitations ont été levées grâce à l’intervention de mon ami Ahmadou Sakhanokho, le notable mandé de Groûmania, qui a voulu signer à côté de Kommona Gouin.
Le soir, on a fait un tam-tam de quelques heures et l’on s’est séparé après de nombreuses poignées de main. Le roi voulait me faire prolonger mon séjour de quelques jours encore, et le lendemain je dus faire usage de tous les arguments possibles pour lui démontrer l’importance que j’attachais à un départ prochain.
A notre très grande satisfaction à tous, il se décida pour le dimanche suivant. Cette vie d’attente était insupportable ; nous avions tous hâte d’atteindre la mer, que je faisais entrevoir à mes hommes depuis deux ans comme le terme final de nos tribulations.
Samedi 16 février. — Depuis hier soir nous vivons dans l’abondance ; les gens du village viennent de nous amener un bœuf et des moutons, cadeau de Kommona Gouin. Nous avons tout fait abattre par notre hôte Acra, le porte-canne du roi, qui est musulman, pour pouvoir offrir de cette viande au roi et à sa maison. Nous nous réservons seulement un mouton, auquel je fais couper le cou par un de mes hommes non musulman afin de ne pas en distribuer, ou, pour parler franchement, ne pas être obligé d’en offrir, car nous allons bientôt n’avoir que du poisson sec et du singe boucané.
Palabre à Aouabou : signature du traite.
Un chasseur a rapporté une antilope qu’il venait de tuer dans un champ d’ignames ; c’est une variété que je n’avais pas encore rencontrée et qui ne vit que dans les grandes solitudes boisées du Comoë.
Très bas de jambes, les cornes tout à fait inclinées en arrière, de manière à ne donner aucune prise aux branches ni aux lianes, cet animal semble avoir été créé exprès pour vivre dans les fourrés. Il mesure environ 70 centimètres au garrot. Son pelage est très foncé et ne comporte que des poils très courts et clairsemés. La chair est fortement musquée.