A Pirikrou, derrière ma case, qui était tout contre la brousse, les indigènes avaient disposé une quantité de pièges à singes. Ces animaux pullulent dans la forêt ; avec l’antilope que j’ai décrite plus haut et deux autres variétés plus petites, ainsi que des sangliers et quelques rongeurs, ils constituent la faune de cette région.
Le manque d’eau se fait bien sentir partout ; on n’en trouve que dans quelques méchantes mares. Le cours de l’Isi étant parallèle à celui du Comoë et relativement très rapproché explique le manque d’affluents de droite et leur cours limité.
Beaucoup d’habitants, comme à Waghadougou, sont atteints de la filaire de Médine, cet affreux mal dont tous mes noirs ont été successivement atteints et auquel je n’ai échappé que grâce à ma sobriété et en n’absorbant que de l’eau bien reposée dans les villages, eau puisée depuis assez longtemps pour que toutes les matières organiques et animales aient pu se précipiter au fond du récipient.
Mardi 19 février. — Encore une étape bien pénible que celle d’aujourd’hui : quatre longues heures de marche appuyé sur mon bâton ! Le sentier est très mal entretenu et serpente à l’infini. J’ai franchi plus de 50 troncs d’arbres. Heureusement que l’étape est intéressante : nous traversons une région aurifère excessivement riche, à en juger par la façon dont elle est fouillée. Le terrain est composé de deux tiers de quartz semé de rose et d’un tiers d’argile sablonneuse couleur d’ocre jaune. Les puits à extraction sont creusés à 5 ou 6 mètres de profondeur et atteignent environ 70 centimètres de diamètre.
Pour permettre à l’ouvrier d’y descendre facilement, on a ménagé dans la paroi du puits un bourrelet assez solide qui y descend en hélice. Afin d’empêcher l’hélice de se dégrader trop facilement en y appuyant les pieds et les mains pour la descente et l’ascension, les bourrelets sont revêtus d’une couche de terre glaise qui les solidifie.
Le manque d’eau pendant une partie de l’année donne lieu à deux façons d’extraire l’or qui diffèrent essentiellement entre elles. En saison sèche, les indigènes exploitent les puits à côté des ruisseaux, lavent les alluvions et en tirent la poudre d’or et la petite pépite en assez grande quantité pour que ce métier soit très rémunérateur pour tous les gens des environs. Les habitants de villages situés à plusieurs jours de marche au nord sont aussi autorisés à se livrer à ce travail moyennant une légère redevance à payer au moment de s’en retourner chez eux.
Pendant la saison des pluies, l’or est seulement exploité par les gens du village. C’est alors qu’ils creusent des puits profonds et qu’ils concassent les quartz, se bornant à rechercher les pépites. Ce procédé fait que toute la menue poudre, est perdue faute d’eau et par conséquent de lavage.
C’est un des placers réputés les plus riches, avec ceux de l’Alangoua (région située sur la rive gauche du Comoë entre le fleuve et le confluent du Mézan). Bien dirigée, et entre les mains de gens plus pratiques, cette exploitation pourrait donner un beau rendement, surtout si l’on amenait par des conduits l’eau du Comoë sur les lieux mêmes.
Dans toute cette région, il n’est pas un homme qui ne possède de l’or ; ainsi, à Ndéré-Kouadioukourou, où nous faisons étape, nous sommes rejoints par un habitant de Bahirmi, village que nous avons traversé à huit heures et demie. Cet individu vient nous prier de nous intéresser à un vol de 20 onces d’or dont il venait d’être victime (20 onces d’or représentent 2000 francs environ). Et encore cet homme disait qu’heureusement le voleur n’avait trouvé que cela.
Les gens de Krinjabo, et entre autres Cadia, qui était venu faire la traite de la poudre d’or par ici, m’ont affirmé qu’ils avaient vu des pépites pesant 5 ou 6 onces d’or (de 500 à 600 francs). J’avoue que la plus grosse que j’aie vue ne pesait que 400 francs, mais, toute exagération à part, je crois qu’il y a de l’or en quantité, soit en poudre, soit en pépites. Dans les conversations on entend parler de sommes prêtées s’élevant à 10, 15, 20 onces ; des amendes infligées pour adultère s’élèvent à 3 ou 4 onces, ce qui prouve que parler de 300 ou 500 francs d’or ici n’a rien d’excessif.