Ndéré-Kouadioukourou est le premier village où les cases ne sont plus couvertes en chaume. Les clairières sont rares, l’herbe fait défaut, ce qui a forcé les indigènes à devenir industrieux et à couvrir les cases avec de larges feuilles d’arbres de 20 centimètres de long sur 15 centimètres de large. Ils les disposent à peu près comme nous les ardoises, mais ils en mettent naturellement une épaisseur de 5 à 6 centimètres pour se garantir de la pluie et du soleil.

Les cases sont assez bien entretenues et comportent quelques grossières peintures à l’ocre jaune, rouge ou cendre. J’ai vu également deux portes sculptées assez originales.

Les dessins ne sont pas très réguliers, mais ils font assez bon effet. Le système de ferme-tube consiste en deux pilons et un cadenas de fabrication européenne.

Dans tous ces villages nous avons été bien reçus ; la population est paisible et bienveillante. Presque toujours, on nous offre quelques ignames, des bananes, des œufs, un ou deux poulets et des graines de palme pour préparer le fouto.

La graine de palme est ici la base de toutes les sauces, comme ailleurs le gombo, la feuille de baobab et, dans le Mossi, le soumbala.

Pour en indiquer l’emploi, il me faut parler du fouto, le plat national des gens de race agni.

Tous les Européens de la Côte sont persuadés que fouto est un mot agni ; c’est une erreur : fouto est un mot mandé employé surtout par les Bambara du Ganadougou. Ce mot a été importé à la Côte de l’Ivoire par les tirailleurs, qui, par analogie à leur fouto national, ont donné ce nom au plat si succulent qu’on nomme en langue agni : arié et non fouto.

La base du fouto est « l’huile de palme », que fournit en abondance, dans toute la région à végétation dense, l’Elæis guineensis, ou vulgairement le palmier à huile. Ce palmier croît à l’état spontané ; il est aussi beaucoup cultivé, mais pas autant qu’il pourra l’être du jour où le Comoë sera ouvert à la navigation jusqu’à Groûmania. Les indigènes habitant entre le 8e degré de latitude nord et le littoral du golfe de Guinée se livrent tous à l’industrie de l’huile de palme, mais aujourd’hui ils ne peuvent l’écouler faute de communications faciles avec la côte.

Le palmier à huile produit deux régimes par an. Dès qu’il est à maturité, le régime est coupé. Les amandes, enveloppées dans une sorte de matière fibreuse rouge, sont extraites des alvéoles du régime et bouillies dans de l’eau. On les bat ensuite dans des mortiers en bois afin de détacher l’amande de son enveloppe ; puis on fait bouillir de nouveau le sarcocarpe fibreux qui enveloppe l’amande. Le corps gras qu’il renferme, dans une proportion de 65 à 70 pour 100, surnage, et est recueilli dans des cuillers en bois. Cette graisse est d’un beau rouge orange, et fraîche elle a un goût aromatisé auquel on s’habitue volontiers.

L’huile fraîche étant obtenue, on en arrose du poisson sec, du poulet, une viande quelconque, mais surtout du singe fumé, préalablement cuit à l’eau, et l’on replace à nouveau sur le feu. Quelques plantes aromatiques cueillies dans la forêt et surtout une bonne poignée de piments en font un mets délicieux, qui, fortement assaisonné, excite beaucoup l’appétit.