CHAPITRE XV

Attakrou. — En quête de pirogues. — Descente du Comoë. — Incidents de navigation fluviale. — Séjour à Kabrankrou. — Départ par terre pour Aniasué. — Toujours l’imposante forêt. — Illusion d’ouïe. — Aniasué. — Les singes de l’Indénié. — Départ des pirogues. — L’Indénié, limites, population. — Nous longeons le Morénou et l’Attié. — Cérémonie funèbre agni. — L’Alangoua. — Abandonnés par les piroguiers. — Bettié et Bénié Couamié. — Une maison à l’européenne. — Mon premier verre de vin. — Départ pour Malamalasso. — Chutes et rapides. — Daboisué. — Deux étapes à pied. — Malamalasso. — Arrivée de Baoto. — Difficultés constantes nées de coutumes bizarres. — La société agni. — Pénible navigation de nuit. — Nous atteignons le Diamant. — Arrivée à Grand-Bassam. — Accueil à la factorerie Verdier. — Le capitaine au long cours Bidaud. — Mes compagnons noirs.

Devant Attakrou le Comoë a environ 100 mètres de largeur. Sur les rives émergent des grès et quelques bancs de sable. Au milieu, le fleuve a 1 m. 20 de profondeur. Les berges sont assez élevées pour permettre à une crue de 8 à 10 mètres de se manifester sans danger pour le village, qui est construit le long de la rive gauche, dans un fouillis de bananiers, de palmiers et d’ananas. Le chef actuel se nomme Bénié, ce qui fait qu’on appelle aussi Attakrou : Béniékrou, krou voulant dire « village » en langue agni.

Par ordre de Bénié, on nous avait installés et l’on nous avait approprié deux cases dans lesquelles étaient disposés trois ou quatre tapis en fou, l’un sur l’autre, recouverts eux-mêmes de couvertures très propres et bien blanchies. C’était un semblant de lit qui n’était pas à dédaigner. Treich rencontra une femme médecin des environs de Bettié qu’il connaissait ; elle se mit aussitôt en devoir de nous préparer un excellent fouto. Deux heures après, Bénié et notre hôte nous firent cadeau de bananes, d’ignames, de manioc et d’une cinquantaine d’ananas délicieux.

A propos d’ananas, il est intéressant d’examiner les ressources que le commerce des ananas pourrait offrir pour nos possessions de la côte d’Afrique.

Actuellement les ananas frais qui arrivent sur notre marché (du mois de novembre à fin juin) proviennent des Açores, d’où les navires anglais les transportent à Londres : c’est donc de ce dernier pays qu’ils sont réexpédiés et qu’ils sont livrés à la consommation à des prix relativement élevés (4 à 8 francs pièce, suivant la grosseur et la finesse).

Nous croyons que les ananas de la Côte de l’Or pourraient lutter avantageusement avec ceux des Açores, étant donné que la traversée s’effectuerait dans un laps de temps qui, n’étant pas beaucoup plus long, permettrait aux fruits d’arriver dans de bonnes conditions aujourd’hui, grâce aux nouvelles lignes de paquebots.

Voici d’ailleurs, sur le mode de préparation actuellement employé pour ces sortes d’envois, des renseignements puisés à bonne source et que nous croyons utile de porter à la connaissance de nos lecteurs.

Les fruits sont cueillis avant d’être mûrs, de façon à supporter le voyage ; on leur laisse une longueur de tige de 15 à 20 centimètres, et comme ornement le petit bouquet de feuilles qui les termine.

Pour l’emballage, on les couche dans de grandes caisses mesurant de 1 m. 20 à 1 m. 30 de long sur 80 centimètres de large et 25 centimètres de hauteur. Chaque caisse est divisée en deux compartiments par une cloison ; les ananas doivent être entourés de feuilles de maïs. L’emballage étant la question capitale, il faut éviter, en le faisant, de casser les tiges et le petit bouquet de feuilles, et remplir avec soin les vides, afin d’empêcher tout mouvement du fruit dans la caisse.