Nous sommes ici sur la frontière de l’Indénié.

Ce pays, qui limite le Sanwi au nord, est borné à l’est par le Broussa, l’Aowin et le Sahué, au nord par l’Assikaso, « pays de l’or », province du Bondoukou, et par l’Anno. A l’ouest il confine au Baoulé, au Morénou, à l’Attié et au Bettié.

Ammoacon, le souverain de l’Indénié, a fixé sa résidence à une journée de marche dans l’est d’Attakrou ; elle porte son nom, auquel on ajoute krou : Ammoaconkrou.

Les autres centres dont les chefs, tout en référant à l’autorité du souverain, jouissent par eux-mêmes de quelque influence, sont ceux d’Attakrou, d’Aniasué et d’Abengourou, dont nous avons donné les noms plus haut.

L’Indénié est peuplé de gens de race agni, avec quelques colonies du Morénou et de gens de l’Attié, mais ce pays est surtout envahi par les Zemma ou Apolloniens, qui y ont accaparé tout le commerce.

L’Alangoua, situé au sommet du triangle formé par le Comoë et le Mézan, est autant sous la protection de l’Indénié que du Bettié. M. Treich a cependant, en 1887, cru prudent de le lier à nous par un traité spécial qui reconnaît en fait son autonomie.

L’Indénié est très avantageusement situé pour les transactions commerciales : il occupe une position relativement rapprochée de la Côte (8 journées) ; on peut rayonner aisément vers l’Abron, le Bondoukou et Kong, l’Anno, le Djimini et le Kong, et les tribus du Baoulé et du Morénou voisines du Comoë peuvent également venir s’y approvisionner.

Dimanche 10 mars. — Quel miracle ! nous avons réussi à quitter avec nos trois pirogues Ahinikourou à cinq heures et demie. Ici, comme ailleurs du reste, quand on est à la merci des indigènes et des piroguiers, il est difficile de rassembler ceux qui doivent vous accompagner à un titre quelconque ; on peut se considérer comme ayant une fière chance quand on réussit à se mettre en route avant sept heures du matin ; aussi nous sentons-nous tout heureux, mon compagnon et moi, de partir avant le lever du soleil.

Le trajet est assez agréable, il n’offre pas trop de difficultés ; cependant, après vingt minutes de navigation, nous atteignons un îlot relié à la terre ferme par un amoncellement de rochers qui forme barrage, mais qui se franchit facilement. Vers six heures un quart nous passons devant le village abandonné de Zaoccra et atteignons Batouatu (colonie attié). En aval du village existe un barrage assez facile, puis le fleuve présente un joli bief assez profond qui nous mène devant un second village attié nommé Amiakassikrou, auprès duquel commence une longue île boisée se terminant entre Iapiatuin et Aricokrou, les deux premiers villages attié construits sur la rive droite. Le chenal passe entre la rive droite du Comoë et l’île, et n’est barré qu’une fois. Au delà d’Aricokrou, le bief se continue libre de tout obstacle ; seule une roche de 4 mètres s’élève au milieu du fleuve à hauteur d’une petite rivière de 4 mètres de large, venant de l’ouest ; puis on rencontre une autre roche entourée d’un banc de sable et un petit barrage également facile, situé à l’embouchure d’une rivière de 4 mètres de largeur, qui arrose l’Alangoua. Les rives du fleuve s’inclinent en pente douce : pas de berges escarpées, rien qui dénote de grandes inondations pendant les fortes crues ; cependant les piroguiers m’ont fait voir sur la rive même un gigantesque bombax qui est entaillé à la hache à 7 ou 8 mètres au-dessus du niveau actuel des eaux. C’est, paraît-il, le point le plus élevé qu’aient atteint les plus grandes crues des trente dernières années.

Au delà du confluent de cette petite rivière de la rive gauche dont j’ai parlé, et près d’un barrage assez long, mais facile pour nos embarcations légères, commence l’Alangoua.