Ce petit pays est très riche en terrains aurifères ; il comprend une vingtaine de villages, habités tant par des gens de l’Attié et de l’Indénié que par des colonies de Bettié et surtout de l’Ahua (Apollonie). Au sud, l’Alangoua est limité par la rivière Mézan, dont nous parlerons un peu plus loin.

Vers midi nous atteignons Adoukassikrou (rive gauche), où nous nous décidons à passer la nuit, nos piroguiers nous demandant de ne pas pousser jusqu’à Blékoum, le village suivant, à cause du passage de Dabiabosson, qui, paraît-il, est très dangereux à franchir et demande surtout une grosse dépense de forces physiques.

Adoukassikrou offre suffisamment de cases pour nous abriter ; nous sommes cependant forcés de camper sur la rive, à cause de nos piroguiers, qui cherchent à nous abandonner et dont l’envie de s’en retourner se manifeste de plus en plus. Par surcroît de précautions, je leur fais laisser les pagayes dans les pirogues et ordonne à une partie de mes hommes d’y coucher.

Dans ce village nous n’avons trouvé à acheter des provisions qu’à une heure fort avancée de la soirée, par suite d’un enterrement.

Cette cérémonie est assez curieuse pour que je la décrive.

Le cortège funèbre était précédé de la veuve du défunt ; elle portait une calebasse de fouto. Le cadavre était renfermé dans un cercueil en bois creusé dans un tronc d’arbre et fermé par un couvercle fixé avec de fortes ligatures en cordes et en lianes. Comme le défunt était un étranger, on chargea le cercueil dans une pirogue qui devait le conduire à son village, situé en aval du fleuve. Des femmes, munies de poteries et de paniers renfermant probablement la fortune que laissait le défunt, suivaient en pirogue.

Les indigènes m’ont dit qu’au moment où la bière est descendue en terre, les assistants demandent par trois fois au mort de revenir, puis on jette une poignée de terre sur le cercueil.

L’anniversaire de la mort est célébré pendant trois ans ; cette cérémonie est suivie d’un festin et d’une visite à la tombe avec des mets préparés en l’honneur du défunt. Le deuil consiste pour toute la famille à avoir la tête rasée pendant plusieurs mois. La veuve obtient la permission de se remarier six ou sept mois après la mort de son mari.

Quand le défunt est de famille royale ou un personnage de distinction, l’enterrement donne lieu à des scènes de sauvagerie et à des sacrifices humains, dont j’ai parlé dans le [chapitre de Bondoukou.]

Une partie de l’après-midi fut employée à acheter des provisions. Les ignames font presque défaut, et celles qui existent sont d’une bien médiocre qualité. On peut dire qu’à partir de l’Alangoua, la base de la nourriture consiste exclusivement en bananes vertes cuites à l’eau, pilées ensuite et préparées en fouto avec des sauces de piment, du singe ou du poisson sec.