Les payements ne se font qu’en poudre d’or. Nous avons cependant réussi à nous procurer quelques régimes de bananes par l’échange direct de menus objets. Nous aurions désiré un peu de viande fraîche, mais ce village, comme plusieurs autres de la rivière, ne possède pas de bœufs ; cependant il y a des moutons, des chèvres et quelques poulets.

Les indigènes nous réclamaient surtout du tabac en feuilles, qui fait absolument défaut par ici : il n’est cultivé que dans les pays situés au nord de 8° 30′ de latitude. J’avais une belle collection de tabacs, environ une trentaine de qualités ; l’humidité entre Salaga et Kintampo l’a fait moisir : j’ai dû tout jeter en arrivant à Bondoukou. — Voici quelques renseignements sur la culture du tabac :

On choisit de préférence des terrains boisés, où l’on abat et brûle les arbres en décembre. On défriche, on enlève les mauvaises herbes et les pierres, on assure l’écoulement des eaux, on détruit les insectes nuisibles en recouvrant le sol de paille brûlée, on ensemence en juin et octobre, et l’on récolte en mars et avril.

Les terrains les plus favorables paraissent être les terrains boisés formés d’une couche sablonneuse recouverte d’une couche de terre grasse. Les terrains pierreux, sans profondeur, ceux où l’eau s’écoule mal, sont impropres.

En vue d’une répartition égale, la semence est mélangée de sable et de cendre de bois aussi blanche que possible. Il est bon qu’elle germe pendant deux ou trois jours sur des toiles humides, puis on recouvre de paille la surface du sol ensemencé. Pendant la première quinzaine il faut arroser deux fois par jour, une seule ensuite.

Au bout de quelques jours on enlève cette couverture. Vingt-cinq jours après, les plantes sont transportées dans les champs, préparés pour les recevoir. En cas de sécheresse, on les arrose jusqu’à ce qu’elles aient pris racine. Soixante jours plus tard, la cime se couronne d’une tige de fleurs, qu’on tranche avec les ongles. Les rejetons qui naissent entre la feuille et la tige sont coupés de la même manière.

La récolte arrive deux ou trois semaines plus tard.

Les soins de culture, comme on peut s’en rendre compte, sont bien donnés ; mais là où le planteur de tabac est inférieur à celui de Java et des Antilles, c’est quand il s’agit de la préparation.

Le séchage n’existe pas ; la fermentation n’est pas ordonnée. L’aération et l’obturation du jour, qui sont d’une importance capitale dans la préparation des tabacs, leur sont inconnues.

Il suffirait d’initier les Soudanais à ces minutieux détails, pour obtenir d’eux des qualités de tabac pouvant rivaliser avec les meilleures de Java ou des Antilles.