Baoto.

Cottokrou est un gros village, possédant une vingtaine de pirogues. Treich et Baoto se multiplient pour en faire presser l’armement. Il fait une grande chaleur, un temps orageux très lourd, qui inquiète les indigènes ; ils hésitent à se mettre en route. Je commençais déjà à désespérer, assis au pied d’un splendide ficus sur la rive même, lorsque, vers deux heures et demie, tout semble s’arranger à notre grande satisfaction, et à trois heures dix nous arrivons à nous embarquer.

Ce sont toujours les mêmes scrupules qui arrêtent les habitants ; ils sont, en somme, bienveillants : ce qui les ennuie, ou plutôt ne les porte pas à accepter de descendre le cours du fleuve, c’est qu’ils ont tous quelque créancier récalcitrant en aval et qu’ils craignent, ou d’être retenus comme otages, ou de voir saisir leurs pirogues.

Ces créances sont, pour la plupart, des amendes en or à payer pour adultère : chez les Agni il y a peu de villages où je n’aie entendu parler de différends engendrés pour ce motif.

Quand l’adultère est commis avec une femme de souverain, l’homme est dépouillé de tout ce qu’il possède ; s’il n’a rien, il est mis à mort. Jamais l’homme trompé ne demande le divorce et ne répudie sa femme : il se contente de réclamer des dommages-intérêts à son rival.

L’amende à payer varie entre 2 ou 3 onces pour une épouse ordinaire, mais elle s’élève à 5 ou 6 onces lorsqu’il s’agit d’une femme médecin.

Si le coupable ne peut payer l’amende que lui inflige le chef devant lequel les deux parties ont comparu, il va le plus souvent trouver un notable quelconque, le prie de payer la somme à laquelle il est condamné et en échange se constitue comme otage ; il a ainsi un rôle de demi-esclave, duquel il ne sort quelquefois jamais. Sa fortune est liée à celui qui l’a aidé et il ne cherche nullement à s’affranchir de la tutelle qu’il s’est imposée. Cette situation se continue même par hérédité.

Les indigènes parlant le français désignent ces captifs volontaires par le titre de boy. De sorte que la société agni se compose de quatre éléments : les chefs, les hommes libres, les esclaves, les boy (qui ne peuvent être aliénés).

Ce qu’il y a de bien curieux, c’est que généralement la femme elle-même, de son propre mouvement, va raconter à son mari qu’elle l’a trompé, et lui désigne son amant.