« La ville de Baouré est traversée par le Gindé. La partie située au nord se nomme Brafombra. La lagune de Gindé reçoit la rivière torrentueuse de Nji, dont le lit est parsemé de roches. Nji, sur laquelle est située la ville de Bathra, qui est considérable, vient de Kong. »

De tout cela, il n’est guère possible de tirer des conclusions. Un fait paraît acquis à l’amiral, c’est qu’au nord de Glébo se trouverait une lagune semblable à celle d’Ébrié, mais plus petite. Je n’y crois pas. A l’intérieur, d’après la configuration des pays que j’ai traversés à l’est, l’existence d’une sorte de bassin lacustre me paraît douteuse. Je pense au contraire que les rivières du Cavally au Lahou ne traversent pas une lagune et qu’elles ont un cours semblable non seulement au Saint-André, qui est connu, mais encore au Comoë, à la rivière Bia et au Tendo.

Quant à cette population blanche des Paï-pi-bri, elle est peut-être tout simplement d’une couleur plus pâle que les autres ou renferme dans une grosse proportion des nègres blancs ayant perdu leur pigmentum.

L’amiral Fleuriot de Langle nous cite à ce propos son passage à Cosroë, dans le nord de Tiakba, au fond de la lagune, où il trouva toute une tribu de nègres blancs aux yeux bleus et aux cheveux rouges « qui sautillaient à travers le sable et se roulaient dans l’eau ». Ce sont des albinos, chose qui n’est pas rare et qui se localise dans quelques villages d’une tribu sans qu’on puisse se rendre compte des causes qui ont engendré ces noirs-blancs, comme les appellent mes noirs.

A propos du Baouré dont parle souvent l’amiral, il est facile de se rendre compte que la plupart des voyageurs confondent le nom du pays avec celui de la capitale. C’est du reste facile à comprendre, car un indigène lorsqu’on l’interroge ne dit jamais ou bien rarement qu’il vient de tel lieu habité ; la réponse qu’il fait peut correspondre à celle que nous faisons quelquefois nous-mêmes, en disant : « Il est originaire du Midi ». Or le Midi est grand et le Baoulé ou Baouré aussi. J’ajouterai qu’à ma connaissance il n’existe pas de centre portant ce nom. Ce pays est très vaste : d’après mes renseignements, il est limité au sud par les peuples de la lagune que je viens d’énumer ; à l’est il tient à l’Attié, au Morénou, à l’Indénié ; au nord il est borné par l’Anno, le Djammara, le Tagouano ; à l’ouest, par le Kouroudougou et les pays appelés par les Mandé : Ouorodougou.

Nos renseignements sont bien conformes à ceux de l’amiral pour la distance qui sépare Aniasué du Baoulé. Quant à l’autre itinéraire, celui qui part de Goffin ou Costrine, il ne m’a pas été possible d’en tirer une conclusion, n’ayant pu identifier aucun de ces noms à des villages que je connais.

La rivière de Baouré, d’après les indigènes interrogés par l’amiral, serait large comme la lagune devant Dabou. Cela est peut-être exagéré, cependant la Volta a des débordements de plusieurs kilomètres sur ses rives dans son cours moyen, et le même fait pourrait bien se produire aussi pour la rivière Bandamma, ou Lahou, ou Baoulé, comme on l’appelle, suivant les régions qu’elle traverse.

De Dabou on peut également aller dans le Baouré en quatre jours, en prenant une route partant de Débrimou ou d’Acrédiou ; on traverserait huit marigots, dont l’un très large. Tout cela me paraît absolument fondé : puisque de Dabou à Tiassalé on traverse déjà six marigots pour se rendre plus haut dans le Baouré, il est certain que l’on doit recouper deux affluents de plus.

La rivière de Gindé, dont parle également l’amiral, doit être le Baoulé ou Bandamma. Gindé est probablement un village important arrosé par ce fleuve. Nous savons en effet que dans beaucoup de pays soudanais la rivière ou le fleuve prend souvent le nom du village qu’elle arrose ; au Sénégal même, il arrive souvent d’entendre dire aux indigènes : le fleuve de Bakel, ou de Podor, pour désigner le fleuve Sénégal.

De tous ces renseignements si précieusement glanés par nos devanciers, ne peut-on tirer un utile enseignement ? c’est que les détails les plus insignifiants en apparence arrivent toujours à être coordonnés à un certain moment, et qu’il faut bien se garder de négliger de les transcrire, même s’ils ne sont pas absolument précis.