Les Dioula n’ont pas à proprement parler de tenné, et ceux qui en ont n’observent pas les sottes coutumes qui se rapportent à ces pratiques.

Ils conviennent, à Kong, que ceux qui ont imaginé la coutume des tenné étaient des gens bien simples, voire même des malins, disent-ils, car on ne trouve jamais comme tenné le bœuf, le mouton ou tout autre animal comestible, à moins qu’il ne soit d’une rareté telle qu’il soit introuvable, comme un bœuf absolument noir, n’ayant pas un poil de blanc !

Quelle douce privation, en effet, que de se passer de la fantaisie de manger ou de toucher :

Les Dioula l’ont si bien compris, qu’ils ont laissé tomber les tenné dans l’oubli.

Ils se sont également affranchis de la tyrannie des griots, ces chanteurs qui pullulent à la cour du moindre souverain, et qui par les rues chantent les grossières louanges de leur maître. Aussi n’en voit-on chez eux que bien rarement, ce qui prouve un état de supériorité bien marqué sur les autres branches de la famille mandé.

Les Mandé-Dioula se marquent tous d’une façon uniforme : trois larges entailles partant des coins de la bouche et se terminant en éventail à hauteur de l’oreille. Certains d’entre eux, les Barou entre autres, ajoutent une petite virgule sur la joue gauche et quelquefois sur la joue droite. (Consulter aussi le [chapitre Kong.])

NOTES :

[1]Le bonnet dit mafou a la forme d’une toque ; il est en coton brodé en losanges, de couleurs diverses. C’est la coiffure favorite de Naba Sanom et des nabiga de Waghadougou.

[2]En quittant le Soudan français je ne savais parler que le bambara, dialecte mandé sur lequel j’avais publié un petit essai en 1886 ; j’ai dû par la suite me perfectionner dans cette langue, et en arrivant à Kong je le parlais très bien. Entre temps j’avais appris le siène-ré, et en arrivant dans le Mossi je ne possédais qu’un vocabulaire d’une cinquantaine de mots mossi, ce qui était loin d’être suffisant pour s’exprimer. Mon court séjour dans ce pays et la pénurie d’interprètes m’empêchèrent de m’y perfectionner autant que je l’aurais désiré, de sorte que je ne parlais qu’imparfaitement le mossi et comprenais peu ou pas le gourounga. J’ai essayé de me constituer un vocabulaire, mais la diversité des idiomes et les nombreuses préoccupations de tout genre m’en ont empêché. Dans certains villages j’étais très embarrassé et bien moins fier que dans le Mossi, où je servais d’interprète à mes hommes.