On m’a dit qu’en dehors de ce commerce honnête les beautés de Salaga en font un autre plus intime avec les étrangers, commerce qui est certainement plus lucratif pour elles que celui de niomies, de beurre de cé et de mèches en coton.

La vente du bois procure aussi quelques cauries aux propriétaires. Les captifs ne sont pour ainsi dire employés qu’à chercher du bois. Une charge se vend 500 cauries. Mais c’est surtout l’eau qui est une source de revenus pour les habitants de Salaga pendant la saison sèche. Quoique le village soit percé comme une écumoire et que l’on y trouve plus de deux cents puits répartis dans les propriétés, ruelles, places et abords du village, l’eau devient très rare à la fin de décembre, et les propriétaires des puits vendent le canari de 8 litres 100 à 150 cauries. Si l’eau était bonne, ce ne serait pas trop cher, mais il est facile de se faire une idée de ce qu’elle peut être : on la trouve à une profondeur de 1 m. 20 en moyenne ; elle reçoit les infiltrations de toute l’eau croupie, de la boue et des immondices du village ; j’aurai tout dit en ajoutant qu’on enterre les morts dans le village même, à une profondeur qui excède rarement 50 centimètres et souvent à moins de 2 mètres des puits.

A partir du 1er février les puits sont à sec. A cette époque, toutes les femmes et tous les enfants qui ont la force de porter se mettent en route vers cinq heures du matin pour aller faire provision d’eau pour le ménage et pour la vente. On va chercher cette eau au Goulbi n’ Barraou, « marigot des Voleurs » en haoussa, à quelque distance à l’est de Masaka, où le cours d’eau se trouve plus rapproché que directement dans l’est de Salaga. Le canari se vend alors de 200 à 300 cauries.

Actuellement j’envoie chercher l’eau pour boire au torrent « Boumpa », à 3 kilomètres au nord de Salaga.

Les gens de Salaga tirent aussi quelque profit de l’hospitalité qu’ils offrent aux étrangers ; car s’ils ne se font pas payer directement, ils réussissent toujours à se faire donner quelque cadeau de leur locataire momentané. Ils trouvent aussi quelques bénéfices dans le courtage : intermédiaires forcés entre le vendeur et l’acheteur, ils tirent toujours un petit profit du vendeur d’un côté, de l’acheteur de l’autre, sous prétexte qu’ils viennent de leur faire faire une bonne affaire. Cette spéculation a donné naissance à la propriété de l’immeuble cases et écuries, qui se cèdent à des prix quelquefois élevés suivant la proximité du marché.

Comme à peu près partout dans le Soudan, la coutume de donner des arrhes quand on fait un achat est en vigueur à Salaga. Les arrhes sont fixées à 700 cauries, payables par l’acheteur au vendeur pour un âne, 1000 cauries pour un cheval, 300 pour un esclave mâle, 400 pour une femme esclave, 500 pour un bœuf, 150 pour un mouton. Les Mandé appellent cette coutume la da « coucher la parole, cesser les pourparlers, le marché étant conclu ».

A vrai dire, je croyais trouver un centre commercial de l’importance de notre Médine du Soudan français, mais j’ai été vite désillusionné : Salaga n’a même pas l’importance de Bobo-Dioulasou, et le chiffre d’affaires qui s’y traite est bien inférieur à celui de la place d’entrepôts de Djenné et de Kong que je viens de citer.

Voici les différents articles qui se vendent ici, cités par ordre d’importance :

1o Le sel est acheté soit à Akkara (Accra), soit dans les divers gros villages échelonnés sur la rive gauche du fleuve sur la route qui met Salaga en communication avec la Côte. Le prix de revient d’une charge de 20 à 25 kilos est d’environ 3000 cauries, à la mer ; rendue à Salaga, la même charge se vend de 12 à 15000 cauries ; bénéfice : 10 à 12000 cauries pour un trajet d’une quarantaine de jours aller et retour.

Le sel est beaucoup vendu dans la partie est du Dagomba et n’entre en concurrence avec le sel en barres de Taodéni, venu par le Mossi, qu’au nord du Gambakha et du Gourounsi. Il est vendu ou échangé dans les régions nord de ces pays contre le beurre de cé et les esclaves ; dans la partie sud, contre les animaux de boucherie. Dans le Dagomba ouest, le sel marin se trouve en concurrence avec Daboya, qui arrive à fournir son sel au même prix à Oual-Oualé et dans le Gourounsi sud.