La mesure du temps laisse beaucoup à désirer chez la plupart des peuples soudanais. Aussi je crois utile de donner ici quelques explications sur ce sujet, qui sera toujours intéressant pour les explorations futures.

Elle n’est guère exacte que chez les musulmans lettrés et chez les Mandé-Dioula. Les premiers se servent des noms de mois arabes. Les seconds divisent également l’année en douze mois lunaires qui portent des noms spéciaux :

NOMS MANDÉ-DIOULA
1Diombé (ce mois correspond au mois arabe Moharrem).
2Domma ma Konong (celui-ci correspond au mois arabe Safar).
3Domma.
4Kourouko.
5Kourouko fla.
6Kamdouma ma Konong.
7Kamdou.
8Sounkaro ma Konong.
9Sounkaro.
10Minkaro.
11Dongui ma Konong.
12Dongui.

Mais chez les peuples plus ignorants une date précise est laborieuse à trouver. Ils comptent généralement par lunes, mais il arrive fréquemment qu’un indigène compte pour trois mois ou trois lunes la fin d’une lune, une lune entière et le commencement de la lune suivante. Le temps écoulé est bien à cheval sur trois lunes, mais ce ne sont pas trois mois complets.

Les années se comptent souvent par hivernage ; les Siène-ré, eux, comptent par époques où l’on brûle les herbes, etc.

D’autres comptent par saisons :

Samien ou Sâmama :Cette saison correspond aux premières nuits fraîches suivant l’hivernage (du 15 novembre au 15 décembre).
Founéné :Nuits froides, mois de décembre et de janvier (vallée du Niger), époque où l’on brûle les herbes.
Taratli :Fortes chaleurs avant l’hivernage, mars, avril au 15 mai, époque où l’on travaille la terre.
Kandara :Premières pluies de l’hivernage, saison des semis ; correspond aux mois de mai et de juin.
Sâmanfara :Gros de l’hivernage, fin juin, juillet, août.
Foubonda :Derniers mois de l’hivernage, septembre et commencement d’octobre.
Koutoté ta tougou :Saison des buées pendant les heures chaudes, annonçant la fin de l’hivernage, fin d’octobre et commencement de novembre.

Cette manière de mesurer le temps est souvent bien commode, et je crois même qu’on en abuse quelquefois.

Ainsi, tant que l’absence d’un mari n’excède pas dix-huit mois à deux ans, une femme enceinte est bien tranquille ; il y a tant de dates à donner et à embrouiller qu’elle arrive toujours à prouver ce qui n’est pas.

Du reste, j’ai remarqué que chez ces peuples une grossesse de douze à quinze mois est admise. Ils ne prétendent pas que ce sont des cas normaux, mais ils affirment avec un grand sérieux qu’ils se présentent encore assez souvent.