La forêt de Konkronsou.
Au milieu d’une vaste clairière parsemée de bouquets d’arbres, de bananiers, de papayers, s’élève un groupe de cases construites en branches de palmier, à peine couvertes de feuilles de rôniers et d’herbes ; c’est le village achanti de Kounchi. Sur une petite place, une perche où flotte un vieux chiffon indique l’emplacement d’un fétiche : c’est simplement un cercle, moulé en terre, protégé par un petit palanquement. A côté, sous un hangar, un fils du cabocir perçoit 400 cauries par porteur pour le compte de son père, recette à partager avec le chef de Coranza, dont dépend Kounchi. Autour de ce représentant de l’autorité, auquel je fis visite, quelques jeunes gens s’amusaient à couvrir de verroteries une poupée (fétiche) en bois à tête en méplat. On me demanda quelques grains de corail, dont ces grands enfants s’empressèrent d’orner les seins du fétiche.
A Kounchi, en fait de vivres on ne trouve que du maïs en épis et du manioc sec. Les ignames font défaut, les Achanti de cette région ne cultivant que juste pour leurs besoins. Aussi ce fut avec plaisir que j’accueillis l’envoyé du chef m’apportant une corbeille de bananes, des papayes et une gourde en calebasse contenant environ deux litres de vin de rônier frais.
Ce n’est pas une petite besogne que de se procurer pour vingt-quatre heures de vivres, il faut y employer presque toute la journée, et ce n’est qu’avec beaucoup de patience et en faisant quelques petits cadeaux qu’on arrive à trouver de quoi ne pas mourir de faim le lendemain, car l’étape suivante doit se faire dans la brousse.
La poupée de Kounchi.
Mardi 20 novembre. — Notre passage matinal dans les oasis, entre Kounchi et Kâka, jette l’épouvante parmi les hôtes de ces lieux charmants : les oiseaux perchés aux abords des sources qui jaillissent de tous côtés s’envolent en poussant des cris perçants ; des bandes de cynocéphales d’une espèce au museau ladre, mais de la taille de ceux du bassin du Niger, hurlent en fuyant dans les lianes et les arbustes. Le tableau a quelque chose de féerique. On chemine parfois dans l’obscurité la plus profonde, puis tout à coup le sentier est éclairé par un pâle rayon de la lune mourante. A chaque pas c’est un décor nouveau. Malgré soi on s’arrête, extasié par le luxe que la nature a prodigué à ces lieux ignorés.
Kâka n’est habité que par deux familles achanti. Ce village se fait remarquer par la propreté de ses habitations crépies en terre et badigeonnées au gris cendre. Ses habitants ont poussé le luxe jusqu’à se construire des waterclosets, ma foi fort bien compris. Ce qui gâte tout, c’est qu’ils sont placés en évidence en bordure du chemin. On s’est bien gardé de les entourer d’une feuillée : aussi voit-on de drôles de choses en passant par là.
De ce village part un chemin qui mène par Tchoulepey à Boupi, rive gauche de la Volta, communication qui serait très utilisée par les gens de Kintampo pour se rendre en hivernage à Salaga, si les chefs des villages qu’on traverse étaient plus raisonnables et ne faisaient pas payer des droits de passage exorbitants aux marchands.