Vers son extrémité sud, le massif semble s’être affaissé et écroulé. On gravit des croupes et des monticules placés en désordre dont les strates de grès, disposées sous un angle de 45 degrés, prouvent suffisamment qu’ils proviennent du massif même et ne constituent pas, comme on pourrait le supposer de prime abord, de boursouflures distinctes.

Dans ce chaos et à mi-côte se trouve, près d’un petit ruisseau, un autre groupe de gourbis, campement peu fréquenté à cause de son exiguïté et de l’éloignement du bois. Ce n’est que 3 kilomètres au delà, près d’un joli petit ruisseau bordé de bambous et à quelques centaines de mètres d’une ruine, que se trouve le campement habituel des gens qui font le trajet entre Bitougou et Kintampo. A cet endroit il y a une trentaine de gourbis, un mortier pour écraser les ignames et deux marmites qui permettent de faire cuire les aliments. Comme il était près de deux heures de l’après-midi, je me décidai à m’y arrêter, quoique n’ayant pas parcouru la moitié de la distance qui sépare la Volta de Tambi, premier village Pakhalla, que l’on rencontre en marchant vers Bitougou.

Dimanche 2 décembre. — Comme je n’avais pas fait assez de chemin la veille, ce fut une longue et pénible étape. En quittant le campement, on gravit quelques petits mamelons qui se rattachent à la chaîne de droite. Du point culminant de l’un d’eux, le guide me fait voir dans le sud-est un petit massif mamelonné au pied duquel se trouvent les ruines de Fougoula (Banda, en achanti), ex-capitale des Ligouy. De ces hauteurs sortent quantité de ruisseaux, tous affluents de gauche de la rivière Tain ; les uns sont sans eau, les autres bordés d’une belle lisière de palmiers ban (Raphia vinifera) et de palmiers épineux à petites dattes, des marais salés (Phœnix spinosa). A proximité des ruisseaux qui ont de l’eau, on distingue l’emplacement de villages dont il ne reste comme trace que les bombax et les baobabs. Les Haoussa qui voyagent sur cette route y ont construit quelques gourbis servant de campements.

Cette région n’est pas très giboyeuse ; j’ai cependant vu des antilopes, des bandes de cynocéphales et entendu les appels de poules de rocher, mais sans avoir l’occasion de tirer aucun de ces animaux. La végétation n’est plus celle que l’on rencontre de Konkronsou à Kintampo. La rivière de Takla sert de limite nord à ce que l’on peut appeler la végétation dense ; au delà, c’est la triste flore du Dagomba et des environs de Salaga.

L’absence totale de cultures et le groupe des banans de Tambi que l’on aperçoit de fort loin font paraître l’étape d’une longueur atroce. Ce n’est que vers deux heures que nous rencontrons les premiers chemins conduisant dans les lougans, ce qui donne quelque courage à mes porteurs, en route depuis quatre heures du matin.

Tambi se compose de trois groupes de cases qui s’élèvent sur un vaste plateau à peu près dénudé sur lequel poussent quelques groupes de beaux bombax et de baobabs. Ce village est habité par des Pakhalla, qui semblent vivre dans une certaine aisance : ils possèdent un beau troupeau de bœufs, des moutons et des chèvres. Nous trouvons à acheter des poulets et des ignames à un prix raisonnable. Le tabac à fumer d’assez bonne qualité s’obtient les 300 grammes pour 100 cauries.

Les gens du village, dont beaucoup parlent le mandé, sont affables et prévenants. Comme j’étais désireux de camper près du chemin à suivre le lendemain, on me fit préparer une case bien propre à proximité, et l’on ne voulut pas tolérer que je campasse sous l’arbre dont j’avais fait choix.

Lundi 3 décembre. — Un chemin bien entretenu et débroussaillé mène de Tambi à Sorobango ; il traverse un grand village nommé Bounou, puis un second, ne comprenant que trois ou quatre familles, nommé Pankouloudougou. Les cinq petits ruisseaux que l’on traverse se rendent à la rivière Tain.

Campement dans la brousse.