Sorobango est situé, comme Tambi, sur un plateau inculte ; à part les magnifiques banans du village, rien n’y pousse, si ce n’est une herbe courte et mince toute desséchée par le soleil. C’est pourtant cet endroit qui sert de lieu de pâture au troupeau de Sorobango, que j’évalue à 400 têtes de bétail.

Ces bœufs, de même race que ceux du Follona, se distinguent par leur sobriété. Ici personne ne s’en occupe ; les animaux ne sont ni conduits en pâture ni menés à l’abreuvoir ; le soir ils viennent se parquer sur les places du village et dans les carrefours ; on en trouve partout. Les chèvres aussi sont nombreuses.

Dans le village, dont j’évalue la population à 800 ou 1000 habitants, il règne une certaine animation, occasionnée par le passage de gens se rendant à Bouna, Boualé ou Kintampo. Au centre, sur une place qui sert aussi de marché, s’élève une mosquée bien crépie en terre blanchâtre, dont les minarets sont surmontés de deux grands flambeaux en verre argenté ; extérieurement et intérieurement elle est exactement semblable à la mosquée de Lokhognilé (route de Léra à Kong).

Mosquée de Sorobango.

Derrière l’habitation de mon hôte il y a un splendide cocotier chargé de fruits, dont les habitants ignorent l’emploi. Rapporté de la côte, ce coco, planté dans les ordures, a poussé sans soins. Personne ne songe à en planter d’autres. Les habitants que j’ai interrogés m’ont dit qu’ils vendaient le coco scié en deux aux gens qui s’occupent de la vente de la poudre et qui s’en servent comme mesure : c’est tout ce que les noirs savent tirer de cet arbre précieux !

On appelle ici le coco : nasara-tin (palmier des chrétiens).

Mon personnel étant devenu presque insuffisant par la perte de mes ânes, je n’ai pu durant la route détacher personne pour prévenir le compatriote de Bitougou de ma prochaine arrivée. Ayant trouvé des gens complaisants à Sorobango, je priai mon hôte de me donner un courrier pour porter un petit mot à Bondoukou afin d’annoncer mon arrivée. Le jeune homme revint dans la nuit et m’informa que l’Européen qui me réclamait était parti il y avait cinq jours pour se rendre à Amenvi y saluer Ardjoumani, le souverain du Diamman ; que Sitafa, l’hôte de mon compatriote, avait de suite mis un homme en route pour Amenvi afin de prévenir de mon arrivée.

Une rue de Bondoukou.