Mardi 4 décembre. — De bonne heure tout mon personnel est debout et l’on ne se fait pas prier pour se mettre en route. Nous allons enfin entrer dans un centre où mes noirs pourront exercer leur verve ; il y a si longtemps qu’ils n’ont pas trouvé l’occasion de parler leur langue, le mandé-dioula, et tout le long de la route on n’entend que « Mokho ta lon, fo sonkourou soro la Gottogo », ce qui équivaut à « Qui sait ! peut-être trouverons-nous quelque bonne amie à Bondoukou ».
Kanguélé ou Kangara, gros village que nous traversons, est sur pied pour me voir passer ; il en est de même à Soumbala, petit village sur les bords du Tain, qui n’est encore ici qu’un méchant ruisseau.
A Bitougou, où mon arrivée a été annoncée par le jeune homme de Sorobango, les gens me font cortège. « C’est le frère aîné du blanc qui est parti pour Amenvi. Conduisons-le chez Sitafa, qui était le diatigué de son frère. »
Quelques heures seulement après mon arrivée chez Sitafa, je fus violemment secoué par un accès bilieux qui me força de garder la chambre pendant toute une semaine.
Je reçus de nombreuses visites de gens de Kong, qui me donnèrent un peu des nouvelles de toutes les personnes que j’y connais ; un captif de Diarawary arrivé le même jour que moi m’annonça qu’il avait croisé l’Européen à Panamvi (route de Kong). Le lendemain, le courrier de Sitafa revenait d’Amenvi et me confirmait le départ de M. Treich-Laplène[41] pour Kong. Je me décidai donc à envoyer un courrier à M. Treich-Laplène pour lui annoncer mon prochain départ pour Kong, bien résolu, malgré mon état de santé précaire, à me mettre en route dès que mes forces me le permettraient. M. Treich-Laplène était arrivé à Bondoukou dès le commencement de septembre ; les gens auxquels il s’était adressé pour avoir de mes nouvelles, et entre autres Sitafa mon hôte, ont été d’une coupable négligence dans cette occasion. Mon arrivée dans le Mossi annoncée à Kong, la nouvelle s’était vite colportée et les gens de Bondoukou savaient tous que j’étais dans ce pays. Il suffisait d’informer mon compatriote qu’en venant du Mossi on débouche soit à Boualé, soit à Salaga, pour qu’il envoyât de suite un courrier dans ces deux directions ; mais ces gens-là sont apathiques au dernier degré, et quand ils se sont reposés sur la volonté divine par le fameux « in chi allaho », tout est dit, il est inutile de prendre aucune mesure. N’obtenant pas de renseignements, M. Treich s’est dirigé de suite sur Kong afin de récolter de plus amples détails sur la route que je suivais. C’était le plus sage parti à prendre. Le jour de mon entrée à Bondoukou, M. Treich était à Panamvi, attendant ses guides, qui devaient le rallier à ce point.
Au fur et à mesure que les forces me revenaient, je faisais quelques petites promenades vers le marché et dans l’intérieur de la petite ville, car chez Sitafa, dont l’habitation est tout à fait située dans le sud et sur la lisière de la forêt, on est un peu isolé et il est difficile de se rendre compte exactement du mouvement commercial de Bondoukou.
CHAPITRE XIII
Les divers noms du Bondoukou. — Son histoire. — Description de la cité. — Le marché. — Insalubrité de l’eau. — Des diverses sauces. — De l’or, du mitkal et de ses subdivisions. — Articles d’importation et d’exportation. — Départ pour Amenvi. — Les États d’Ardjoumani. — Un village où l’élément féminin domine. — Arrivée à Amenvi. — Une audience d’Ardjoumani. — Bizarre moyen de locomotion employé par les chefs agni. — Ethnographie. — Costumes. — Habitations. — Coutumes. — Départ pour Kong. — Beauté de la végétation. — Arrivée à Panamvi. — Rencontre avec des gens de connaissance de Kong. — Arrivée sur les bords du Comoë. — Encore un village où il n’y a que des femmes. — 1er janvier 1889. — Des singes. — Mines d’or de Samata. — Koniéné et Kolon. — Retour à Kong. — Rencontre avec Treich-Laplène. — Visites à mes amis. — Nous signons un traité. — Envoi de courriers. — Nouvelles d’un courrier parti à ma recherche. — Adieux de la population. — Visite de l’almamy. — Recherches ethnographiques. — Entrée dans le Djimini. — Départ de Diawé.
Les Achanti, les Ton et les Pakhalla appellent les territoires soumis à Ardjoumani : Gaman ou Diamman, les Mandé les nomment Bottogo ou Gottogo, et les Haoussa et gens de Salaga : Bitougou.