Habitation de Sitafa (vue extérieure.)

L’emploi du filtre est sans effet contre ce poison. Les habitants, pour combattre les coliques et les malaises occasionnés par l’eau, emploient dans leurs sauces de to des baies très amères cueillies sur un arbre nommé damsa ou gamsa. On en fait un usage constant ; on voit quantité de ces fruits sur les petits et le grand marché, et les ménagères ont soin d’en mettre dans tous leurs plats.

En fait de condiments et de sauces, on emploie aussi le ndatou, fait avec de la graine de chanvre, ou encore avec de l’oseille. Cette sauce, conservée, est surtout employée dans le Kaarta et le Bakhounou. Je l’appréciais beaucoup, et partout où j’en ai trouvé j’en faisais usage de préférence à toute autre.

On fait aussi du banantou, sauce fabriquée avec des graines de bombax. On l’emploie surtout dans le Mampoursi, le Dagomba et le Gondja. Dans beaucoup de régions on prétend que son emploi journalier prédispose à la surdité, mais je ne puis rien affirmer à cet égard ; j’en ai mangé pendant des mois en m’en trouvant très bien.

Enfin le siradinn tou ou kondoro, fabriqué avec les graines de baobab. Employée à Kong quelquefois, cette sauce n’est nulle part bien appréciée ; on n’en fait usage qu’en cas de disette, et surtout chez les Bambara du Kaarta.

Dans le Mossi et en général dans la plupart des pays que j’ai visités, on se fait aussi un régal des sauces préparées à l’aide de chenilles séchées. Ces chenilles, qui sont vertes, ne se nourrissent que de la feuille de cé : c’est pourquoi on les nomme cé tombo. J’ai plusieurs fois, par curiosité, goûté à ces sauces en mangeant mon to traditionnel : je n’ai trouvé cela ni bon ni mauvais, probablement parce que la ménagère qui m’a préparé mon plat a été très parcimonieuse. Du reste, les chenilles sont au préalable réduites en poudre, de sorte qu’on peut en manger sans s’en apercevoir. Ce que je puis affirmer, c’est que je n’ai nullement partagé l’enthousiasme de nos amphitryons.

Si le marché est sans importance, il n’en est pas de même du commerce qui se fait dans l’intérieur des cases.

Ayant déjà longuement parlé, aux chapitres Kong, Salaga, Kintampo, du commerce qui se faisait entre ces marchés et Bondoukou pour le sel, le kola, les étoffes indigènes de Kong, du Djimini, de Boualé, et des captifs d’origine gourounga, je pense pouvoir passer sous silence la revue de ces articles pour arriver au commerce de l’or et des objets d’Europe, chapitre beaucoup plus intéressant pour nous. Bondoukou peut sans contredit prendre le titre d’entrepôt d’articles d’Europe, et sous ce rapport il a une importance beaucoup plus grande que tous les marchés que j’ai visités jusqu’à présent, ces derniers, y compris Kong et à l’exception de Salaga, tirant leurs articles d’Europe de Bondoukou. Mais, avant de parler des objets manufacturés, je crois utile de dire quelques mots sur l’or ; cela me permettra de fixer le prix avec ce métal précieux qui sert ici presque exclusivement comme payement des marchandises d’Europe.

Comme nous l’apprend Ahmed Baba dans son Tarich es-Soudan, Bitou (Bondoukou) était déjà renommé au XIe siècle pour son commerce de l’or. Actuellement encore on y trouve beaucoup ce métal. Il m’en coûte certainement d’employer la phrase vague qui précède et il serait préférable de pouvoir fixer un chiffre. Malheureusement il m’est impossible d’évaluer ce mouvement, et je crains de me tromper et d’induire en erreur. Je puis cependant affirmer que toute personne à Bondoukou possède au moins une balance à or avec ses birita (poids) et qu’il ne s’est pas passé un jour où je n’aie vu faire des payements en or, soit chez mon diatigué, soit dans la première case venue et même dans la rue.