28 au 30 décembre. — Pendant ces trois journées de marche je fis successivement étape à Deknion (Dépakhé ou Dégouékhé), à Dédi ou Lédi, et enfin, le 30, à Kagoué.
Femmes portant de gigantesques bonbonnes de vin de palme.
De Kalbo, petit village insignifiant situé entre Nasian et Deknion, part sur Amenvi un chemin qui évite la longue étape Panamvi-Nasian et traverse les villages pakhalla de Pakhady, Pon, Kiramsi, Taoudi et le village ton de Kimbédi. Moins direct que le précédent, ce chemin est cependant fréquenté par quelques marchands qui se rendent dans ces villages pour y acheter des peaux de singes noirs, principalement portées sur Dioua (Oqoua ou Cape Coast) par les gens de Bondoukou. De Deknion et de Bavanvy (entre Dédi et Kagoué) partent sur Bouna des chemins par lesquels vient presque tout le coton employé dans le Bondoukou et les régions avoisinantes.
Dimanche 30 décembre. — Kagoué se distingue des autres villages pakhalla par quelques beaux arbres à campement. J’y trouvai des gens de Kong se rendant pour la plupart à Bondoukou avec du beurre de cé et des étoffes afin d’y acheter des kolas et des piments de l’Achanti, qu’ils se proposaient de porter ensuite sur Djenné et Bandiagara. D’autres, mais en petit nombre, se dirigeaient par le Barabo sur le Djimini et l’Anno ; j’appris par ces derniers que, depuis mon départ de Kong, la paix était rétablie entre les gens de Kong et ceux de Djimini, grâce à l’intervention de Karamokho-oulé auprès d’un de ses neveux, Bakary-Ouattara, qui réside à Kawaré, rive gauche du Comoë et qui de temps à autre se livrait à des brigandages sur la frontière.
Ces gens ne suivaient pas la route directe (celle de la rive droite du Comoë), tout simplement pour trouver un placement plus avantageux de leurs charges d’outils en fer (haches et pioches) qu’ils venaient de chercher chez les Tousia, à l’ouest de Bobo-Dioulasou. Cette nouvelle ne manqua pas de me causer un certain plaisir : je me proposais depuis longtemps de traverser le Djimini pour me rendre dans l’Anno, d’où je comptais descendre, sinon le cours de la rivière même, tout au moins le pays de sa rive droite en y touchant le plus souvent possible.
Lundi 31 décembre. — De Kagoué au Comoë il n’y a que 10 kilomètres. Au point où l’on atteint la rivière se trouve un petit village nommé Nabaé ou Nambaye, dont le chef s’occupe du transbordement des gens et des marchandises venant de la rive gauche. Quand on vient de la rive droite, ce sont les gens de Timikou qui font ce service.
C’est de Nabaé que M. Treich-Laplène envoya demander au chef de Kawaré (États de Kong) l’autorisation de se rendre à Kong ; mon compatriote avait fait dans ce village un séjour de dix jours, aussi j’y fus bien accueilli. Le chef, voulant m’éviter le passage du gué, qui se trouve à 500 mètres en amont, mit avec empressement sa pirogue à ma disposition, de sorte que de bonne heure j’arrivai à Timikou, petit village de passeurs situé à 2 kilomètres de la rivière et sur sa rive droite.
Le Comoë a, au point de passage, 70 à 80 mètres de largeur. Quoique son niveau ait considérablement baissé et que du haut de ses berges on domine la rivière d’environ 15 mètres, elle est encore assez profonde pour qu’on ne puisse passer la pirogue qu’avec les pagayes, les perches étant insuffisantes pour le milieu du lit. Ce bief, semblant s’étendre fort loin en aval, est barré en amont par une nappe de grès qui ne laisse qu’un chenal de 1 m. 20 de profondeur contre la rive droite. C’est là que se trouve le gué.
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