Le silence dure longtemps. Les bûches se consument. Grand-Grégoire vient en jeter d’autres sur le feu et retourne s’asseoir. Les nuées défilent toujours dans le ciel attristé, et le jour gris reste pareil à lui-même à travers les heures de l’après-midi.

Mais quelque chose approche lentement dans la plaine, Grand-Grégoire se lève et regarde par la petite fenêtre carrée. C’est une automobile à carrosserie longue qui porte plusieurs personnes, quatre ou cinq; maintenant elles sont descendues et s’approchent encore, s’arrêtant souvent et parlant entre elles avec des gestes qui montrent le lointain. Des étrangers? Ils vont venir au musée, sans aucun doute, et leur apparence promet une moisson de pièces blanches.

Grand-Grégoire lisse encore avec sa manche le verre de la vitrine, s’approche de la vieille et lui touche l’épaule.

—Hé, la mère! Voilà du monde qui arrive.

Il attend quelques instants et la secoue de nouveau:

—Hé!

Il n’a jamais été brutal avec elle, mais voici qu’une peur le prend et sa poigne se fait rude.

—Hé! réveillez-vous.

La poussée a fait osciller le corps menu, qui s’affaisse sur lui-même encore plus que de coutume et commence à glisser vers le sol dans une posture singulière. Il le relève aussitôt et l’accote contre le dossier, mais l’inertie assouplie de ce corps et de la tête qui vacille, et le regard qu’il a jeté sur la figure ridée, lui ont dit la même chose en même temps.

La tante Ferdinand le voit reculer d’un pas et comprend de suite.