—Oui. Entrez.
Ils sont cinq: trois hommes et deux femmes aux manteaux riches. Grand-Grégoire leur montre la vitrine d’un geste; ils approchent et commencent à examiner les armes et le dolman troué; dans le fauteuil en face de l’âtre, la tante Ferdinand se débat contre son angoisse et cherche à se rappeler ce qu’elle doit dire. Et Grand-Grégoire qui ne se sent pas capable encore de réciter la leçon de tous les jours, reste stupidement adossé à l’armoire, les mains étendues à plat contre les panneaux, comme pour empêcher de sortir le secret sinistre qu’il y a enfermé.
S’il avait su... S’il avait pu deviner quel contentement infini la vieille avait trouvé dans la mort, et combien l’abandon du corps jeté là, sans respect, replié et tordu sur les couvertures et les pièces de cuir, la tête contre le bois de l’armoire, était doux à celle qui avait trop longtemps attendu!
LA DESTINEE
DE MISS WINTHROP-SMITH
Ce ne fut que quand elle eut changé de tramway à Stratford que Miss Winthrop-Smith ouvrit son réticule pour y prendre et relire une fois de plus la lettre qu’elle avait reçue ce matin même et à laquelle elle ne cessait de songer.
Elle s’enfonça en arrière sur la banquette, très droite, le chignon à la vitre, jeta à ses voisines un regard de méfiance hautaine, et déploya la feuille de papier. Cette feuille portait, dans le coin supérieur gauche, un motif assez compliqué, qui comprenait plusieurs pots de fleurs, deux haies parallèles qui s’en allaient vers l’horizon, et un coin de serre où un mince jet d’eau montait vers une retombée de plantes grimpantes. Dans le coin droit de la feuille s’étalait en grandes lettres le nom du possesseur de toutes ces choses: «W.-G. Firkins» et, en plus petits caractères, l’indication de son négoce: «Nurseryman and Florist».
Une main attentive avait tracé en haut de la page, en beaux caractères arrondis et réguliers:
DEAR MISS WINTHROP-SMITH
et une ligne plus bas:
I am aware, I am taking a great liberty...