(Le décor change et représente l'intérieur de la prison; les prisonniers sont au fond.)

SCÈNE V

TOINON, les Prisonniers

TOINON—Y a un bon bout d'temps que not'fou est parti . . . C'est toujours un moment de tranquillité . . . En v'la-t-y une idée de devenir fou, comme ça, tout d'un coup! . . . et fou! . . . C'est pas pour rire . . . Y nous cassera queuque membre dans l'corps à queuque bon moment Tout ça, ça me fait ennuyer de chez nous, gros! C'est embêtant d'mourir pour la patrie, comme y disent . . . j'aimerais autant avoir jamais touché au sabre de mon grand-père . . . là . . . vrai! . . . Epi on en a peut-être pas assez d'être enfermés comme des malfaiteurs, nourris au pain sec, et pendus les uns après les autres, sans se faire meurtrir à coups de pied et à coups de poing par le fou! Moi, surtout, j'suis d'une constitution comme ça j'sais pas . . . mais . . . j'ai la peau si délicate que le moindre coup d'pied me fait mal . . . Epi, à la longue, c'est ça que ça vient désagréable . . . Sans compter qu'on dirait qu'il le fait exprès, quand il a queuque horison à distribuer, c'est toujours à moi qu'il s'adresse . . . Ah! j'veux ben mourir pour la Patrie c'te fois-citte, mais pour jamais me mêler de patriotisme, j'pense pas, minoux! . . . C'est des vilains jeux, ça! (On ouvre.) Bon, v'la not'fou! . . . Ah! j'savais ben que ça ne serait pas pour longtemps.

(Le geôlier amène Félix et Béchard, et sort.)

SCÈNE VI

Les Précédents, FÉLIX, BÉCHARD

FÉLIX—Comment, vous autres! il parait que vous en faites des vôtres, pendant mon absence! vous savez pourtant bien que je n'ai pas l'habitude de vous manquer (À Béchard.) Ah! tenez, mon lieutenant, je n'ai jamais eu tant de trouble qu'avec ces individus-là. Si cela continue, je vais être obligé de les mettre tous en prison.

TOINON—Ben! Y manquait p'us que ça!

FÉLIX—Approche, toi, polisson, je vais commencer par toi!