BLANCHE—Monsieur Jolin, et vous ma mère, ne m'accusez pas d'ingratitude; je serai pleine de reconnaissance pour un bienfaiteur, pour un ami, mais je ne puis, je ne dois rien accepter à un autre titre.

JOLIN—Et pourquoi pas, mon enfant? Dieu m'est témoin de la pureté de mes intentions. Je n'ai que votre bonheur en vue. Je suis vieux; je voudrais avant de mourir vous assurer, ainsi qu'à votre mère, une fortune acquise au prix de bien des sueurs. Ce projet eût coupé court à toute malveillante interprétation; et j'aurais eu, en mourant, la consolation de vous avoir assuré un sort heureux et enviable...

Mme SAINT-VALLIER—Y a-t-il un pareil ange de bonté? Monsieur Jolin, quand vous mourrez, votre place est au ciel. Vous êtes un saint! Et toi, petite sotte, qui restes insensible à tant de vertus, tu n'as pas de cœur.

BLANCHE—Ma mère, je voudrais vous obéir, mais vous le savez, des engagements sacrés...

Mme SAINT-VALLIER—Oui, un méchant barbouilleur de papier qui n'a pas le sou.

BLANCHE—Maman, vous savez que je l'aime!

Mme SAINT-VALLIER—Elle l'aime, elle l'aime! Tiens, Blanche, ne me parle plus de lui. Ce mariage ne se fera jamais tant que j'existerai!...

JOLIN—Allons, calmez-vous, ma chère amie. La jolie Blanche n'est pas encore majeure; elle ne peut se soustraire à votre autorité. Je sais bien qu'elle a fait mettre à la poste une lettre adressée à un certain M. Adrien Launière, à Montréal, et que ce M. Adrien Launière est venu s'établir en bas, chez Cayou, et qu'il vient rôder souvent dans les environs du Domaine... mais...

BLANCHE—Il est ici! ô mon Dieu, merci! il m'aime toujours!

JOLIN—Oh! ne remerciez pas Dieu pour si peu. On attrape des coups de fusil au jeu qu'il joue-là. Mme Saint-Vallier ne se laissera pas prendre aux ruses d'une petite fille, j'espère.