JOLIN—Mais... cette... contre-lettre... n'existe plus... sans doute...

AUGUSTE—Eh bien, quand cela serait, la perte de cet acte serait-elle une raison pour un ancien serviteur de ma famille de retenir ce qui m'appartient légitimement?

JOLIN, se levant brusquement—La contre-lettre est perdue! Ah! je le savais bien, moi; il ne faut jamais s'abandonner au désespoir!

AUGUSTE, se levant de table—Jolin, je ne veux pas croire encore aux soupçons que tes paroles tendraient à m'inspirer. Il m'en coûterait trop de te regarder comme un fripon.

JOLIN—Ah! ah! ah!... La bonne histoire, ce pauvre garçon revient tel qu'il est parti... ah! ah ah! C'est toujours le même écervelé que son père lui-même avait surnommé La Bourrasque. Ah! oui, La Bourrasque; pas de tête! pas de tête! Il vient réclamer cette fortune sans laquelle je ne pourrais plus vivre, et il n'a pas le précieux papier pour m'obliger à cette restitution. Il l'a perdu, le pauvre enfant... le pauvre niais... le pauvre fou!... Il l'a perdu... ah! ah! ah! il l'a perdu!

AUGUSTE—Comme tu vas vite en besogne, vieux Jolin! T'ai-je dit que cet acte était perdu? Est-il si difficile de conserver une feuille de papier?

JOLIN—Hein! c'était donc une épreuve?

AUGUSTE—Peut-être. Dans tous les cas, cette épreuve ne t'a pas été favorable; aussi je me montrerai sévère envers un déloyal fondé de pouvoir; tu peux t'y attendre.

JOLIN—Non, non, c'est impossible, ce papier n'a pu échapper à la destruction, à tous les naufrages dont vous parliez tout à l'heure. Vous avez imaginé quelque ruse pour me tromper. Mais j'ai l'œil ouvert...

AUGUSTE—Jolin! Tu sens que l'âge a modifié mon tempérament; car tu sais bien qu'autrefois, vieux coquin, je n'aurais pas souffert ces insolences sans te rompre les os... Mais causons tranquillement. Me croyais-tu assez imprudent, malgré ma légèreté, pour ne pas laisser cette contre-lettre au Canada?