JOLIN—Mais alors, vous les avez sur vous, vous pouvez...

AUGUSTE—Curieux! mais en voilà assez pour ce soir. J'éprouve le besoin de prendre un peu de repos... Fais tes réflexions, Jolin; on dit que la nuit porte conseil. Emploie-la bien, caro mio; agis loyalement avec moi, et je ne te chicanerai pas trop sur tes comptes. A tort ou à raison, tu es riche, très riche, je le sais; même en me restituant ce qui m'est dû, tu pourrais vivre dans l'opulence... Crois-moi donc; la loyauté et la bonne foi te serviront mieux que la ruse ou la violence.

JOLIN—Certainement, mon cher monsieur Auguste, nous nous entendrons aisément... Seulement si vous pouviez me laisser voir cette contre-lettre.

AUGUSTE—Tu la verras, mais pas ce soir; le sommeil me gagne; dans quelle chambre as-tu fait préparer mon lit?

JOLIN—Dans la chambre jaune; Thibeault va vous y conduire. (Il sonne et Thibeault entre avec un bougeoir qu'il remet à Auguste.)

AUGUSTE—La chambre jaune! elle est bien triste et bien solitaire. C'est là que mourut ma vieille gouvernante, il y a près de quarante ans... Enfin, soit, je ne crains rien ni des vivants ni des morts... Bonsoir, Jolin; Dieu te donne des idées de paix!

(Tout en parlant il s'empare furtivement d'un couteau de table, dont il examine la pointe, et sort.)

SCÈNE V

JOLIN, THIBEAULT.

JOLIN, seul—Allons, je l'aurai échappé belle! Heureusement que La Bourrasque est toujours La Bourrasque... Il a la contre-lettre dans sa poche, je l'ai deviné. Avant deux heures je me moquerai de ses menaces. Thibeault, où est Bertrand?