QUATRIÈME TABLEAU

LES BRIGANDS

(Le théâtre représente l'intérieur d'un parc. Au fond, un mur qu'au lever du rideau, Adrien est en train d'escalader. Il fait nuit.)

SCÈNE I

ADRIEN, seul.

ADRIEN, dont on ne voit que la tête—On n'a pas l'habitude de veiller si tard au Domaine. Il faut que ce singulier personnage soit un homme d'importance aux yeux de Jolin... Se souviendra-t-il de moi?... cherchera-t-il à protéger Blanche?... Mais qu'importe après tout? Maintenant je suis décidé à agir seul... Agissons donc! (Il passe une jambe sur le mur.) Que vais-je faire? Ce voyageur n'avait-il pas raison de m'engager à prendre garde aux démarches imprudentes? Mon projet ne pourrait-il pas avoir pour résultat de compromettre Blanche sans utilité? Que gagnerai-je à me trouver seul, la nuit, dans ce jardin solitaire?... Ah bah! qui peut répondre du hasard? La pauvre enfant dort peu sans doute. Si elle avait l'heureuse pensée de se mettre à sa fenêtre pour respirer l'air frais de la nuit! Je pourrais me montrer à elle, lui adresser quelques mots à voix basse... Dans le cas contraire, je grimperai dans les peupliers jusqu'à sa fenêtre, et je déposerai ma lettre dans les pots de fleurs qu'elle arrose chaque matin... oui; d'ailleurs je serai plus près de ma chère, Blanche, je respirerai l'air qu'elle respire... Oui, oui, Dieu m'aidera! (Il entend du bruit; il retire sa jambe, et ne laisse que sa tête dépasser le mur.) Quelqu'un!... silence!

SCÈNE II

BERTRAND, THIBEAULT.

BERTRAND, entrant avec Thibeault—Cré nom d'un nom! j'aime pas ça, moi, qu'on me laisse là, planté comme un pieu, pendant des deux ou trois heures de la nuit, quand y a des bons coups à faire partout.

THIBEAULT—Vous avez pas besoin de vous plaindre, ça arrive toujours pas si souvent.