LES PRÉCÉDENTS, AUGUSTE, en habits très négligés.

AUGUSTE—Au diable ce maudit vent de nord-est, qui ne reconnaît pas une ancienne connaissance! Le gueux m'a bourré les yeux et le nez de gravois... Pouah! j'ai du sable jusque dans l'estomac. Allons, mes bonnes gens, vous tenez auberge à ce qu'il paraît, et à la vieille mode canadienne, hein! je vois ça. Eh bien, servez-moi quelque chose, et hurry up, if you please! Le kamsin d'Afrique et le mistral de Marseille m'ont moins maltraité que votre enragé vent de nord-est... Toujours le même, Québec, pour le vent de nord-est!

JOSEPTE, bas à Cayou—Cayou!

CAYOU—Hein?

JOSEPTE—Es-tu pour donner à boire à ce quéteux-là?

CAYOU—Tais-toi donc, la vieille; y a des quêteux qu'ont le goussette ben gréé, va! (À Auguste.) Qu'est-ce que vous allez prendre, l'ami?

AUGUSTE—Que boit-on chez vous, mio amigo? Partout où j'ai passé, je me suis imposé la loi de suivre la mode du pays. J'ai bu du tafia à la Guiane, de la bière en Hollande, du kirsch en Allemagne, du rhum aux Antilles, du madère à Calcutta, et de l'eau saumâtre en Afrique... Mais, j'y pense, si vous aviez ce qu'on appelait autrefois de l'absinthe du pays...

CAYOU—De la liqueur de Mme Desjardins? Je penserais, qu'y en a!

AUGUSTE—Eh bien, ma foi, je renouerai volontiers avec elle d'anciens rapports d'amitié. (Cayou sert à boire.) Mettez deux verres; je n'ai pas l'habitude de boire seul. (S'adressant à Adrien.) Quelqu'un voudra bien me tenir compagnie, j'espère.

CAYOU—Comment donc, mille carafes! mais ça se refuse pas. (Il se verse à boire, et Auguste aussi.) Vous êtes voyageur, je suppose; marin, commerçant peut-être?