AUGUSTE—Un peu. Si après avoir doublé trois fois le cap Horn et cinq fois le cap de Bonne-Espérance, on peut se dire marin; si après avoir fait quatre fois sa fortune dans le commerce maritime, on peut se dire commerçant, je suis certainement l'un et l'autre. Mais laissons cela, si vous voulez bien, et causons d'autre chose. Y a-t-il longtemps que vous habitez Sillery?

CAYOU—Ah! ben, Josepte, comment c'qui y a que j'avons ouvert ici?

JOSEPTE—Arrête! c'est justement quèque temps après les troubles. Doit ben y avoir à peu près une vingtaine d'années.

AUGUSTE—Bien. Alors vous connaissez les environs. L'ancienne résidence de M. DesRivières, quelque part en arrière, ici, sur le cap, existe-t-elle encore?

CAYOU—Le Domaine? Je crois bien qu'il existe encore. A peu près un quart de lieue d'ici, sur la côte, un peu au sorrois. M. Jolin, le propriétaire, passe jamais à ma porte sans me faire un salut.

AUGUSTE—Et ce M. Jolin est sans doute un homme riche... considéré...

JOSEPTE, bas à Cayou—Prends garde à toi, mon homme; tourne ta langue sept fois, tu sais...

CAYOU—Ah! pour être riche, vous l'avez dit. Y a pas un plus gros bourgeois que lui dans tous les environs.

AUGUSTE—Et cependant il y a vingt-deux ans, il n'était que simple commis de la maison DesRivières. Ne s'est-on pas étonné que tous les biens de cette famille aient passé ainsi entre les mains de ce Jolin?

JOSEPTE, bas à Cayou—Cayou, tourne ta langue sept fois, tu sais...