AUGUSTE—Aïe!... la satanée chaise!
ADRIEN, entrant et saisissant le bras de Bertrand—Arrêtez, malheureux!
AUGUSTE, se dégageant et se mettant en garde son couteau à la main—Bon!... Merci!... Lâchez-le, lâchez-le maintenant. Je lui fais son compte.
ADRIEN, lâchant Bertrand qui remet tranquillement son couteau dans sa poche—Monsieur Jolin, votre maison est donc une caverne de brigands, un coupe-gorge! Vous n'êtes donc qu'un assassin!...
JOLIN—Par l'enfer! c'est l'amoureux! Comment s'est-il introduit ici?
AUGUSTE—Eh! mais, par la barbe du prophète! c'est mon petit ami de l'auberge. Du diable si je m'attendais à le revoir cette nuit! Eh bien, mon matelot, vous pouvez vous vanter de m'avoir rendu un service! car cet enragé brigand était en train de me faire une vilaine boutonnière au moule de ma veste... Merci!... Je ne sais pourquoi, mais j'aime à vous devoir ce service là, à vous!
JOLIN, bas à Bertrand qui s'est rapproché de la porte—Bertrand, il faut mettre à tout prix ces hommes hors d'état de nous nuire!...
BERTRAND—À tous les diables vous et vos affaires! La tête me bouille comme une marmite au feu... J'en ai assez! C'est un démon ce pendard-là... Et cet autre qui m'arrive sur les bras... Et vous qui me laisseriez étriper sans grouiller une patte... Merci!... Des compliments chez vous! (Il s'éloigne.)
JOLIN—Comment! vous m'abandonnez! Demain ils porteront plainte contre vous, et...
BERTRAND—De quoi m'accuseront-ils? D'avoir reçu une grêle de coups pour assommer un bœuf! S'ils me poursuivent pour cela, ils pourront venir me chercher dans le bois du Carouge; ils trouveront à qui parler!