Chaque nouveau roman est attendu avec une impatience fébrile, et on se l'arrache dès son apparition.
Du Walter Scott! du Walter Scott! Hâtez-vous, Messieurs, et vous surtout, Mesdames; c'est du merveilleux, c'est du nouveau; hâtez-vous! La première édition est épuisée, la seconde est retenue d'avance, la troisième disparaîtra, à peine sortie de la presse. Accourez, achetez; mauvais ou bon, qu'importe! sir Walter Scott y a mis son nom, cela suffit… et vivent l'Angleterre et les Anglais[9]!
[Note 9: L'Abeille (ancienne Minerve littéraire), III, 1821, p. 76.]
C'est le moment où, dans la presse française, on ne parle vraiment plus que du grand Écossais.
Et comme de juste, le public est avide de détails sur son écrivain favori. Amédée Pichot lui consacre une Notice,—d'ailleurs pleine d'inexactitudes, et qu'il corrigera fort heureusement plus tard. On fait le voyage d'Écosse pour voir le «grand Inconnu»[10]; Édimbourg devient un pèlerinage littéraire, et si on a eu le bon-heur de rencontrer l'illustre écrivain, on s'en retourne content, comme cet Espagnol qui n'était venu à Rome que pour Tite-Live.
[Note 10: Adolphe Blanqui, Voyage d'un jeune Français en Angleterre et en
Écosse pendant l'automne de 1823.]
Rien de caractéristique à cet égard comme le Voyage historique et littéraire en Angleterre et en Écosse, d'Amédée Pichot (1825); et c'est bien le document le plus significatif de la réputation dont jouissait alors chez nous le grand étranger. Le «voyageur» est intarissable de détails sur son compte. Portrait physique, portrait moral, habitudes et manies, rien n'est oublié de ce qui peut satisfaire une curiosité que l'on devine insatiable.
Mais tout le monde ne peut pas aller à Édimbourg, et il n'a été donné qu'à quelques rares privilégiés de contempler une physionomie si vénérée: on fera donc venir le buste du romancier à la mode. C'est le Globe du 2 décembre 1824 qui annonce l'heureuse nouvelle: «Le libraire Ch. Gosselin… a fait venir de Londres le buste de sir Walter Scott… Ce chef-d'oeuvre de statuaire méritait d'être copié en France, et M. Gosselin vient d'ouvrir une souscription pour trente modèles en plâtre, parfaitement conformes à l'original. Les dix premiers numéros sont retenus…» Quand «l'original» se décidera à venir à Paris, ce sera un événement public; sa maison ne désemplira pas de visiteurs; on se le montrera du doigt dans la rue, et par instants l'admiration débordante sera une espèce de délire.
Les poètes accordent à ce propos leur lyre en son honneur. Un certain Vander-Burch lui adresse une longue «Epître» où, à défaut de talent, il y a de l'enthousiasme: Si natura negat, facit admiratio versum; et en attendant d'imiter l'illustre Écossais à son tour, Cordellier-Delanoue le célèbre en vers épileptiques:
Salut, Ivanhoé! débris de la Croisade!
Honneur à toi! Salut, épopée! Iliade!