«Un jour, je fis savoir qu'un travail hors la ville m'occuperait jusqu'au lendemain. J'avais dit vrai, et si je revins le soir même, ce fut par pure chance.

«C'était il y a deux mois, l'été, par une chaleur à cuire la cervelle. Le crépuscule luisait encore assez pour qu'on pût distinguer à quelques pas de soi. Aucune lumière dans ma maison, mais avant de rien entendre, je devinai qu'on parlait près de la fenêtre ouverte. Il m'arrivait comme un souffle de voix haletantes. Je me jetai sur le côté, je me glissai jusqu'au mur latéral et j'écoutai à l'angle, l'oreille contre la pierre.

—«Allons, reviens; encore un tour de valse, tu as le temps, disait une voix d'homme.

—«Non, répondait-elle, j'ai comme un pressentiment qu'il rentrera cette nuit.

—«Eh bien, moi, je retourne au bal.

—«Parbleu! plus rien ne te retient maintenant, dit la malheureuse.

—«Je reste, si tu veux?

—«Non, non, sauve-toi: un dernier baiser seulement…»

«Oh!… j'eus la force de me contenir: je tordais sur eux-mêmes ces muscles habitués à ployer l'acier.

«L'homme sortait; je m'allongeai contre terre et je vis le profil de l'individu. C'était Ralph, le tonnelier. Ralph, le bambocheur, qui trompait sa propre femme en même temps qu'il souillait la mienne.