—Chopez-en donc! chopez-en donc, nom de Dieu! Mais chopez-en donc, rugissait Lebrac, de loin.
Et les guerriers de Longeverne s’élancèrent sur les pas des vaincus, mais, comme bien on pense, les fuyards ne les attendirent point et les vainqueurs ne poussèrent pas trop loin leur poursuite, trop curieux de voir comment on allait traiter le chef ennemi.
CHAPITRE V
AU POTEAU D’EXÉCUTION
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
J.-A. RIMBAUD (Bateau Ivre).
Bien que de petite taille et d’apparence chétive, ce qui lui avait valu son surnom, l’Aztec des Gués n’était pas un gars à se laisser faire sans résistance; Lebrac et les deux autres l’apprirent bientôt à leurs dépens.
En effet, pendant que le général tournait la tête pour exciter ses soldats à la poursuite, le prisonnier, tel un renard piégé profite d’un instant de relâchement pour se venger d’avance du supplice qui l’attend, saisit entre ses mâchoires le pouce de son porteur et le mordit à si belles dents que cela fit sang. Camus et Grangibus, eux, connurent, en recevant chacun un coup de soulier dans les côtes, ce qu’il en coûtait à desserrer si peu que ce soit l’étreinte de la patte qu’ils avaient à maintenir entre leur bras et leur flanc.
Lorsque Lebrac, d’un maître coup de poing en travers de la gueule de l’Aztec, lui eut fait lâcher son pouce percé jusqu’à l’os, il lui jura derechef à grand renfort de blasphèmes et d’imprécations que tout ça allait se payer et «illico».
Justement, l’armée revenait à eux sans autre captif. Oui, c’était l’Aztec qui allait payer pour tous.