Enfin, comme il restait des planches disponibles, on bâtit, en les clouant ensemble, une feuille de table. Quatre piquets, fichés en terre devant le siège de Lebrac et consolidés à grand renfort de cailloutis, servirent de pieds. Des clous scellèrent la feuille à ces supports et l’on eut ainsi quelque chose qui n’était peut-être pas de la première élégance, mais qui tenait bon comme tout ce qu’on avait fait jusqu’alors.
Pendant ce temps, que devenaient les Velrans?
Chaque jour on avait renouvelé les sentinelles au camp du Gros Buisson et, à aucun moment, les vigies n’avaient eu à signaler, par les trois coups de sifflet convenus, l’attaque des ennemis.
Ils étaient venus pourtant, les peigne-culs; pas le premier jour, mais le second.
Oui, le deuxième jour, un groupe était apparu aux yeux de Tigibus, chef de patrouille; ils avaient soigneusement épié, lui et ses hommes, les faits et gestes de ces niguedouilles, mais les autres avaient disparu mystérieusement. Le lendemain, deux ou trois guerriers de Velrans vinrent encore, passifs, se poster à la lisière et firent face continuellement aux sentinelles de Longeverne.
Il se passait quelque chose de pas ordinaire au camp de l’Aztec! La pile du chef, la dégringolade de Touegueule n’avaient pas été sûrement pour arrêter leur ardeur guerrière. Que pouvaient-ils bien méditer? Et les sentinelles ruminaient, imaginaient, n’ayant rien d’autre à faire; quant à Lebrac il était trop heureux de profiter du répit laissé par les ennemis, pour se soucier ou s’enquérir de la façon dont ils passaient ces heures habituellement consacrées à la guerre.
Pourtant, vers le quatrième jour, comme on établissait l’itinéraire le plus court pour se rendre en se dissimulant de la cabane au Gros Buisson, on apprit, par un homme de communication dépêché par le chef éclaireur, que les vigies ennemies venaient de proférer des menaces sur l’importance desquelles on ne pouvait point se méprendre.
Evidemment le gros de leur troupe avait été, lui aussi occupé ailleurs; peut-être, avait-elle édifié de son côté un repaire, fortifié ses positions, creusé des chausse-trapes dans la tranchée, on ne savait quoi? La supposition la plus logique était encore pour la construction d’une cabane. Mais qui avait bien pu leur donner cette idée? il est vrai que les idées, quand elles sont dans l’air, circulent mystérieusement. Le fait certain, c’est qu’ils mijotaient quelque chose, car, autrement, comment expliquer pourquoi ils ne s’étaient pas élancés sur les gardiens du Gros Buisson?
On verrait bien.
La semaine passa; la forteresse s’approvisionna de pommes de terre chipées, de vieilles casseroles bien nettoyées et récurées pour la circonstance, et on se tint sur la défensive, on attendit, car, malgré la proposition de Grangibus, nul ne voulut se charger d’une périlleuse reconnaissance au sein de la forêt ennemie.