Mais le dimanche après-midi, les deux armées au grand complet échangèrent force injures et force cailloux. Il y avait de part et d’autre le redoublement d’énergie et l’intransigeante arrogance que donnent seuls une forte organisation et une absolue confiance en soi. La journée du lundi serait chaude.
—Apprenons bien nos leçons, avait recommandé Lebrac; s’agit pas de se faire mettre en retenue demain, y aura du grabuge.
Et jamais en effet leçons ne furent récitées comme ce lundi, au grand ébahissement de l’instituteur, dont ces alternatives de paresse et de travail, d’attention et de rêvasserie, bouleversaient tous les préjugés pédagogiques. Allez donc bâtir des théories sur la prétendue expérience des faits quand les véritables causes, les mobiles profonds, vous sont aussi cachés que la face d’Isis sous son voile de pierre.
Mais cela allait barder.
Camus, en accrochant sa première branche pour se rétablir, commença par dégringoler de son chêne, de pas très haut heureusement, et sur ses pattes encore. C’était la revanche de Touegueule: il s’y devait attendre, mais il pensait que l’autre s’attaquerait lui aussi à une branche de son «assetotte». N’empêche que sitôt remonté il vérifia soigneusement la solidité de chacune d’elles avant de s’installer; d’ailleurs il allait redescendre pour prendre part à l’assaut et au corps à corps, et s’il pinçait Touegueule il ne manquerait pas de lui faire payer cette petite tournée-là.
A part ceci, ce fut une bataille franche.
Quand chacun des camps en présence eut épuisé sa réserve de cailloux, les guerriers s’avancèrent résolument de part et d’autre, les armes à la main, pour se cogner en toute conscience.
Les Velrans avançaient en coin, les Longevernes en trois petits groupes: au centre Lebrac, à droite Camus, à gauche Grangibus.
Pas un ne disait mot. Ils avançaient au pas, lentement, comme des chats qui se guettent, les sourcils froncés, les yeux terribles, les fronts plissés, les gueules tordues, les dents serrées, les poings raidis sur les gourdins, les sabres ou les lances.
Et la distance diminuait et, au fur et à mesure, les pas se rapetissaient encore; les trois groupes de Longeverne se concentraient sur la masse triangulaire de Velrans.