Tous en avaient des morceaux d’une longueur variant de un à trois pieds. Ils les présentèrent.
—Gardez-les!—Oui! conclut-il en réponse à une question intérieure qu’il s’était posée, gardez-les et trouvons de la véllie.
Dans la vieille coupe, ce n’était pas difficile à découvrir, c’était ça qui manquait le moins. Le long des grands chênes, des foyards, des charmes, des bouleaux, des poiriers sauvages, de presque tous les arbres, les souples et durs lacets montaient, grimpaient, s’accrochaient par leurs feuilles en vrilles aux fûts noueux, s’enroulaient, serpents végétaux et vivaces, pour escalader l’azur, conquérir la lumière et boire, avec chaque aurore, leur lampée de soleil. Il y avait en bas et presque partout sur le sol des vieilles souches grises, dures et raides, s’écaillant en filaments comme du bœuf bouilli trop cuit, pour s’effiler au sommet en fouets souples et résistants.
Camus grimpait; Tétas et Guignard aussi; ils formaient trois chantiers qui opéraient simultanément sous l’œil vigilant de Lebrac.
Ah! c’était bientôt fait, l’escalade.
Quelque gros que fût l’arbre, Camus, comme un lutteur antique, l’attaquait à bras le corps, franchement; souvent même ses bras trop courts n’arrivaient pas à en étreindre complètement le tronc.
Qu’importe! Ses mains aplaties s’accrochaient comme des ventouses à tous les nœuds d’écorce, ses jambes se croisaient enlaçantes comme des ceps de vigne tortus et une détente solide de jarrets vous le projetait d’un seul coup à trente ou cinquante centimètres plus haut; là, nouvel agrippement de mains, nouvel arrimage de jarrets et, en quinze ou vingt secondes, il accrochait la première branche.
Alors ça ne traînait plus: un rétablissement sur les avant-bras et la poitrine d’abord, puis les genoux arrivaient à hauteur de cette barre fixe naturelle et s’y installaient, et puis les pieds ne tardaient pas à remplacer les genoux, et la montée jusqu’au sommet s’opérait ensuite aussi naturellement et facilement que par le plus commode des escaliers.
La liane végétale tombait vite entre leurs mains, car, au pied de l’arbre, un camarade à l’eustache tranchant rasait la tige au niveau du sol tandis que trois ou quatre autres gars, tirant dessus avec toutes les précautions d’usage, l’amenaient à eux par degrés.
Que de fois les petits bergers avaient fait cela en été, à la Saint Jean, et enguirlandé de verdure et de fleurs des champs les cornes de leurs bêtes! La clématite, le lierre, les bleuets, les coquelicots, les marguerites, les scabieuses mariaient leurs couleurs parmi la verdure sombre des couronnes tressées, pour lesquelles on rivalisait d’ingéniosité et de goût et c’était une joie, le soir, de voir revenir à pas pesants et faisant tinter leurs clochettes, les bonnes vaches aux grands yeux limpides, fleuries et couronnées comme des mariées de mai.