En passant à Velrans, il fit part à Pépé de l'aventure et celui-ci ne le retint qu'une petite minute, le temps juste de lamper une goutte, car il comprenait fort bien l'impatience de son ami. En traversant Orcent, le chasseur apprit en effet qu'on avait, une huitaine auparavant, aperçu un sale chien crotté à qui les gamins avaient fait rebrousser chemin quand il avait voulu passer le pont ; mais personne n'en avait entendu reparler et nul ne savait à qui il était ni d'où il partait ; on pensait bien que, depuis le temps, il s'était retrouvé.

Quand il arriva chez Narcisse, Lisée s'était déjà tout expliqué ou presque tout : Miraut, épouvanté au passage du pont, n'avait osé revenir et avait erré, Dieu savait où, jusqu'à ce qu'il fût recueilli par son fidèle camarade.

Narcisse lui serra la main avec effusion. C'est toujours une joie pour deux chasseurs de se rencontrer lorsqu'ils n'ont, comme c'était le cas, aucune raison de se jalouser l'un l'autre.

— Attends, proposa-t-il, on va voir s'il te reconnaîtra à la voix : je vais passer près de lui à l'écurie, et dès que j'aurai refermé, tu blagueras fort.

Dès qu'il eut fait comme il avait dit, Lisée se mit à parler, et Miraut, qui se laissait câliner par Narcisse, dressa l'oreille subitement ; puis, ayant écouté à deux reprises, debout, les yeux brillants, il se précipita violemment vers la porte qu'il se mit à gratter avec frénésie, aboyant et pleurant pour qu'on la lui ouvrît bien vite.

— Ah ! ah ! s'écria en riant Narcisse, il est là et on le reconnaît ! Oui, mon beau, tu vas le revoir.

Et, ayant ouvert la porte, il vit Miraut se précipiter sur Lisée, jappant, pleurant, aboyant, léchant, se frôlant, lui sautant à la poitrine, aux épaules, lui mordillant les doigts, lui mouillant les mains, lui peignant la barbe, battant du fouet, se tordant et se retordant de joie, tandis que son maître, de bien bon cœur, une petite larme au coin des paupières, riait de plaisir lui aussi.

Narcisse, en détail, conta alors comment il avait recueilli Miraut et voulut absolument que son visiteur se restaurât : il avait fait cuire une saucisse à son intention et avait même, en outre, gardé au fond d'une casserole certain fricot dont Lisée tout à l'heure lui donnerait des nouvelles.

Les deux hommes se mirent à table suivis de Miraut qui, maintenant, ne quittait plus son maître d'une semelle et, tout le temps qu'il resta assis, demeura auprès de lui, le museau sur sa cuisse, ne cessant de le regarder et n'arrêtant de lui moduler des tendresses que pour happer au passage des bouts de peau de saucisse et les croûtes de pain qu'on lui jetait de temps à autre.

— Tiens, insistait Narcisse, prends-moi un morceau de ce… lapin.