— D'accord, mais on va d'abord prendre quelque chose à l'auberge.

— Il n'y a pas d'auberge à Bémont et nous sommes très bien pour boire ici. J'ai du vin à la cave et pas de femme pour nous engueuler. Je suis veuf, mon vieux, et mes enfants sont grands : la fille s'occupe du ménage et les garçons sont à la coupe, ils ont voulu être bûcherons cette année.

N'ayant rien de mieux à faire, les deux camarades continuèrent à boire en se narrant des histoires de chiens.

Comme le jour baissait, Lisée partit enfin, mais les émotions, de même que le vin, avaient de beaucoup diminué la souplesse de sa démarche et la vivacité de son pas.

En cachette, il glissa à la jeune fille une pièce de cent sous pour la remercier d'avoir fait la soupe à son chien, serra à plus de vingt reprises les mains de Narcisse, qui lui fit un bout de reconduite, et revint vers Longeverne avec Miraut sur ses talons.

Toutefois, pour ne pas faire mentir le proverbe : « Qui a bu boira », il ne manqua point de s'arrêter au bistro d'Orcent où il qualifia de sauvages les indigènes et, en passant à Velrans, il fit également payer quelques bouteilles à l'ami Pépé.

La Guélotte ne le revit que vers une heure du matin, aussi saoul que le soir de l'entrée de Miraut dans la maison. Connaissant sa capacité et sa résistance à l'ivresse, elle jugea de ce qu'il avait dû avaler et, par contre-coup et conséquence, de l'argent qu'il avait probablement dépensé. Alors, après les avoir invectivés violemment tous deux, elle jura à son époux qu'elle foutrait le camp de la maison puisque cette sale charogne de viôce, non contente de lui faire toutes les misères possibles, était encore un prétexte à saoulerie pour son arsouille de patron.

— Comme s'il n'avait déjà pas assez d'occasions sans ça !

CHAPITRE V

Il s'écoula un assez long temps avant que Lisée, son fusil cassé en deux sous sa blouse, ne se hasardât à ressortir seul ou avec Miraut.