Occupé à la maison aux mille et un travaux de l'hiver et du commencement de printemps, ils passaient de longues heures en compagnie l'un de l'autre, le maître bricolant à la grange ou à l'écurie, arrangeant un râtelier, réparant une crèche ou travaillant à son établi à fabriquer des râteaux et des fourches, le chien le suivant comme une ombre fidèle, sommeillant à ses côtés ou le regardant en silence.

De temps à autre, par besoin de causer, Lisée prenait son compagnon à témoin de ce qu'il venait de faire, lui exhibait un cornon ou une queue de fourche bien réussis, en disant :

— Hein, mon vieux Mimi, c'est-t'y de la belle ouvrage !

À quoi le chien répondait, soit en bâillant et en montrant une gueule immense, soit en se levant, battant du fouet et se frottant contre son pantalon, dans l'espoir, vainement formulé, qu'on irait enfin se dégourdir les pattes et faire un petit tour.

Quelquefois Mitis ou Moute, au cours d'une chasse, passaient par là, marchant prudemment ainsi qu'il convient à de prudents traqueurs sur le sentier de la guerre ; ils venaient se frôler contre Miraut, faire un gros dos et un ronron, se laissaient lécher ou pucer, puis repartaient.

On vivait enfin dans la maison des jours de paix. La Guélotte avait presque désarmé, mais elle avait exigé de Lisée qu'il couchât à la chambre haute dès le lendemain de sa rentrée de Bémont ; son cochon d'homme, ce soir-là, n'avait-il pas eu le toupet de faire coucher le chien aux pieds du lit ! Le lendemain, en arrangeant la chambre, elle s'en était aperçue au poil collé sur la couverture et à la crotte qui décorait la courtepointe.

Lisée avait convenu qu'il avait, en effet, peut-être eu tort, mais afin qu'un tel fait ne pût se reproduire, Miraut, chaque soir, était, pour plus de sûreté, relégué à la remise.

Pourtant, de temps à autre, après le déjeuner, le patron montait assez régulièrement « faire son midi », c'est-à-dire piquer un petit somme avant de se remettre à la besogne. Il aurait bien aimé garder Miraut auprès de lui et, quand la patronne était au village, le faisait toujours monter ; mais lorsqu'elle se trouvait là, il ne disait rien, regardait son chien d'un air ennuyé et montait seul se reposer.

Miraut s'ingénia à le rejoindre malgré tout. Deux choses malheureusement le gênaient beaucoup pour réaliser son désir : d'un côté, le grelot qu'il portait toujours et qui, lorsqu'il marchait, signalait sa présence ; de l'autre, les portes à ouvrir. Un jour cependant, son maître étant couché et la patronne venant de partir en commission, il réussit, frappant de la patte les loquets et poussant du museau, à ouvrir chacune des deux portes. Pour celle du bas qui ouvrait de dedans en dehors, cela fut assez facile et, le loquet pressé, elle céda sous la poussée de ses pattes ; il fut arrêté plus longtemps à celle du haut de l'escalier qui s'ouvrait de la même façon, mais pour laquelle il se trouvait en dehors. Il avait beau taper sur le levier, sur la ticlette, comme on dit là-bas, et bourrer du poitrail, rien ne s'ouvrait ; enfin il fourra son nez entre le chambranle et le montant, s'effaça de côté et découvrit le procédé qu'il n'eut garde d'oublier.

Lisée, ronflant formidablement, fut tout à coup surpris de sentir une langue douce et chaude lui laver les mains et le nez : il en ouvrit tout grands les quinquets, reconnut Miraut, jeta un coup d'œil inquiet sur l'escalier, craignant l'irruption soudaine de sa tendre épouse, mais n'entendant aucun bruit et rassuré, il se laissa aller pleinement à l'attendrissement et à la joie de penser que son brave chien avait trouvé tout seul et malgré sa femme le moyen de le rejoindre.