Ce n'était point pour rien qu'il avait appris à ouvrir les portes des chambres ; bien que les verrous et targettes fussent un peu plus compliqués ici, il en vint tout de même à bout, et certains jours fit… gueule basse sur tout ce qu'il trouva de comestible, chanteaux de pain, platées de choux, voire de respectables bouts de lard.

Il y eut bien discussion à la maison ces soirs-là, mais en fin de compte Lisée, par des arguments frappants, tirés de ses semelles, convainquit sa femme qu'elle avait tort, ajoutant qu'au surplus, c'était bien fait pour elle et qu'à la place du chien, crevant de faim, il en aurait fait tout autant.

Un autre jour, ce fut une saucisse trempant dans de l'eau tiède au fond d'un pot juché sur un rayon, que Miraut s'adjugea : du moins fut-il soupçonné du méfait, aucune preuve n'ayant pu être fournie à l'appui de cette accusation.

La Guélotte se demandait vainement quels moyens cette grande charogne avait bien dû employer pour réussir à voler, au fond d'un pot presque plein, la dite saucisse sans jeter à bas le récipient, ni renverser d'eau, ni faire le moindre bruit.

Un pain au lait qui refroidissait sur le rebord d'une fenêtre se contracta tellement qu'il n'en resta pas vestige et Miraut fut bien encore, à bon droit, soupçonné d'être pour quelque chose dans ce vol domestique, car la bonne femme crut remarquer, parmi ses poils de barbe, quelques restes du corps du délit.

Lisée, en toute occasion et par principe, soutenait son chien contre sa femme, mais il n'était plus question maintenant de l'empoisonner ou de le tuer ; Miraut, depuis longtemps, avait de haute lutte conquis au village et dans la maison droit de cité.

Comme le temps n'était guère favorable, Miraut n'était pas tenté d'aller pérégriner par les champs et par les bois, mais dès que les jours devinrent plus soleilleux et plus tièdes, il regarda plus souvent du côté de la forêt et, chaque fois que Bellone, libérée par son maître, vint le trouver, il n'hésita pas à s'offrir en sa compagnie une petite partie de chasse.

Il partait rarement seul, mais quelquefois il arriva que les hasards d'une sortie amenèrent la chienne en rase campagne, où elle trouva du fret et lança un lièvre.

Attentif instinctivement à tous les bruits qui l'intéressaient, Miraut ne se trompa jamais dans ces cas-là. Reconnaissant les coups de gueule de sa camarade, où qu'il fût, quoi qu'il fît, il n'hésitait point, lâchait la maison, plaquait Lisée, puisqu'il ne voulait pas venir, et filait à la voix.

Dès qu'il approchait, il écoutait avec attention. S'il s'apercevait que la chasse s'éloignait, il redoublait de vitesse et, de minute en minute, donnait de la gorge lui aussi pour annoncer sa venue ; si, au contraire, elle se rapprochait et venait de son côté, il réfléchissait un instant, filait dans le plus grand silence occuper le passage qu'il jugeait le meilleur et, comme les renards, attendait, légèrement dissimulé, la venue du capucin pour lui bondir dessus et lui casser les reins d'un bon coup de mâchoire. Il en pinça ainsi plus d'un, mais en manqua pas mal aussi, car un lièvre qui n'est pas fatigué ne se laisse pas comme ça passer la dent en travers des côtes.